Otavalo

Du mercredi 23 au samedi 26 juillet 2014

Après notre séjour dans la forêt amazonienne, nous sommes revenus à Puyo pour trois jours. De là, nous sommes partis pour Quito où nous avons fait une halte d’une journée. Nous vous relaterons notre séjour dans la capitale équatorienne, dernière étape de notre long voyage, dans le prochain article. Nous ne sommes pas restés à Quito car nous voulions d’abord aller à Otavalo. Un grand marché hebdomadaire s’y tient et nous ne voulions pas le louper. Quito attendra quelques jours !

Dans le bus pour Otavalo, nous sommes tellement happés par le film (une adaptation plus que médiocre du conte Jack et le Haricot Magique) que nous loupons l’arrêt ! Il faut dire que le bus ne s’est pas arrêté au terminal de la ville mais seulement au bord de la route et que le chauffeur s’est bien gardé de nous dire qu’on était arrivés à Otavalo. On ne pouvait pas non plus le deviner ! Ce n’est qu’après la fin du film, en tirant le rideau, que Noémie s’est aperçue que l’on quittait une grande ville. C’est Otavalo ! Vite, vite, arrêtons le bus ! Nous descendons en catastrophe au bord de la grande route et sautons dans un taxi pour le centre. Ouf, nous ne sommes pas allés trop loin !

CIMGP5245Le grand marché n’aura lieu que samedi. En attendant, nous voulons nous balader dans la région. Les montagnes verdoyantes et les grands volcans sont en effet un cadre très agréable.

CIMGP5236 CIMGP5238 CIMGP5241 CIMGP5271Ainsi, nous marchons au coeur d’une forêt d’eucalyptus (ça sent bon !) pour rejoindre El Lechero, un arbre sacré situé en haut d’une colline surplombant un lac. Bon, on a eu un peu de mal à trouver l’arbre en question ! Contrairement aux affiches que l’on avait vues à l’office du tourisme, il n’est pas isolé et il y a plein d’autres arbres à proximité ! Mais nous l’atteignons finalement après une courte marche d’une heure et demi. Le cadre, surplombant un lac dominé par un volcan est sympa mais nous ne pensions pas le coin si urbanisé.

CIMGP5242Autour d’Otavalo, il y a de nombreux lacs situés au fond de caldeiras d’anciens volcans. Nous avons opté pour la Laguna Cuycocha, à une vingtaine de kilomètres de la ville. L’immense étendue d’eau est entourée des anciennes parois effondrées du volcan. Au centre, deux îles d’origine volcanique émergent. L’une d’entre elle aurait la forme d’un cochon d’inde (« cuy » en espagnol), d’où son nom ! L’ensemble est dominé par le volcan Cotacachi, malheureusement dans les nuages aujourd’hui. Il paraît que c’est le volcan le plus actif d’Equateur !  Il est possible de faire le tour du lac en cinq heures. Plein de bonne volonté, nous avions mis le réveil à 6h30 en vue de cette randonnée. Sauf qu’il nous a été impossible de nous lever. Il y en a eu pourtant des réveils matinaux pénibles ! Mais cette fois-ci, notre organisme est en grève. Nous nous levons finalement vers 8h. Trop tard pour faire le tour du lac avant le déjeuner (nous n’avons rien pour pique-niquer et faire des courses nous retarderait encore plus). Et puis, nous n’avons plus le courage… Nous demandons donc à notre taxi de revenir nous chercher non pas dans cinq heures mais dans deux heures ! Nous allons nous balader un peu sur le sentier et profiter de la jolie vue. Finalement, nous ne marcherons même pas les deux heures, trouvant un coin agréable pour s’asseoir face au lac et parler du bilan de notre voyage, de nos projets futurs…

CIMGP5248 CIMGP5256 CIMGP5263Retrouvant notre taxi, nous lui demandons de nous conduire à Cotacachi, une petite ville tout près. Suivant les conseils du Guide du Routard, nous allons déjeuner dans une cantine tenue par une association de femmes du village. C’est comme à la maison ! La petite ville est renommée pour son artisanat du cuir, exporté dans le monde entier pour son excellente qualité. On y trouve en effet des vestes et des articles de maroquinerie superbes à un prix imbattable.

Le grand marché d’Otavalo a lieu tous les samedis. Il draine une foule de paysans venus vendre leurs bestiaux… et beaucoup de touristes curieux ! Ici aussi les gens portent le costume traditionnel ! C’est toujours un plaisir pour nous de découvrir ces tenues. Les femmes portent une longue jupe noire ou bleu marine et des espadrilles noires aux pieds. Leur chemisier coloré très froufroutant est retenu avec la jupe par une ceinture qui ressemble à celles vus à Guamote. Sur la tête, elles plient de diverses façons une sorte de couverture. Elles ont aussi des colliers et bracelets faits de dizaines de toutes petites perles. Les hommes ont un pantalon blanc, les mêmes espadrilles que les femmes et un poncho. Ils ont les cheveux longs, la plupart du temps tressés.

CP1130051 CIMGP5333 CIMGP5417 CIMGP5437 CIMGP5476 CIMGP5419Pour profiter du marché aux bestiaux, il faut y être vers 7h30. Les gens arrivent avec leurs animaux au bout d’une corde et les conduisent vers la section du marché appropriée.

CIMGP5288 CIMGP5291CIMGP5436L’un des souvenirs marquant de cette journée est le fond sonore qui l’accompagnait : les meuglements de la section bovine, les grognements des cochons, les aboiements et miaulements des chiots et chatons, le chant du coq et les tout petits piou-pious des poussins ! Sans oublier les cris des vendeurs ambulants. C’est le moment d’acheter un balai ou une amulette porte-bonheur !

CIMGP5311 CIMGP5314 CIMGP5318 CIMGP5347 CP1130080Vous le savez, on en a vu des marchés depuis notre départ il y a près d’un an. Le dernier marché aux bestiaux remonte à septembre dernier à Can Cau aux Vietnam. Mais il n’y avait que des bovins. Aujourd’hui, nous déambulons parmi tous les animaux de la ferme !

CIMGP5326 CIMGP5292 CIMGP5386 CP1130069 CIMGP5364 CIMGP5355 CIMGP5392 Nos préférés sont les canetons tout doux ! Toute la section « petits animaux » est d’ailleurs l’occasion de se prêter à une séance photos spéciale « calendrier des Postes » ! Choisissez le votre pour 2015 !

CIMGP5413 CIMGP5461 CIMGP5427 CIMGP5453 CIMGP5447 CIMGP5468 CP1130086 CIMGP5493 CIMGP5490A 10h30, les vendeurs et acheteurs commencent à rentrer chez eux. Il y a maintenant plus de touristes que de locaux sur le marché ! Il est temps pour nous de partir aussi. C’est à ce moment-là que l’on voit les bus de Quito arriver, remplis de touristes qui viennent voir le marché ! Malheureusement pour eux, ils ne verront pas grand chose du marché aux bestiaux… Mais ils pourront se consoler avec le marché artisanal qui envahit toutes les rues du centre-ville ! Toute la semaine, il se tient sur la bien-nommée « Place des ponchos ». Y entrer, c’est pénétrer dans un vortex inter-galactique dont on n’est pas sûr de ressortir ! C’est un vrai labyrinthe de poteries, bijoux, chapeaux, tissus… et autres cadeaux à ramener à la maison. Nous n’échappons pas non plus à l’éternel bonnet « andin » que l’on retrouve systématiquement depuis la Bolivie (c’est pour cela que nous ne l’appelons plus bonnet « péruvien » !). Nous déambulons parmi les étals, à la recherche de derniers petits cadeaux.

CIMGP5517Nous déjeunons à la gare routière (encore du poulet accompagné de riz et de patates !) et retournons tranquillement à Quito !

Petit dessert acheté directement dans le bus...

Petit dessert acheté directement dans le bus…

L’Amazonie : Sarayacu

Du mardi 15 au vendredi 18 juillet 2014

Nous avons rendez-vous à 8h30 ce mardi 15 juillet devant l’agence Papangu à Puyo. Là, un taxi nous attend pour nous emmener à l’aérodrome de Shell, à une dizaine de kilomètres d’ici. Shell, comme la compagnie pétrolière ?! Shell, comme la compagnie pétrolière… Quand les forages ont commencé en Amazonie, l’entreprise a créé cet aérodrome. La population s’est installée autour et la ville a pris officiellement le nom de Shell… L’or noir change tout ici, y compris la toponymie… C’est terrible.

Justement, nous avons rendez-vous avec des gens qui ont dit « non » au pétrole. La communauté kichwa de Sarayacu est le symbole de la lutte des peuples indigènes contre l’exploitation pétrolière et la déforestation. Ils promeuvent une autre forme de développement, plus humble, mais plus respectueux de la nature, le tourisme solidaire. Ils ont ainsi fondé l’agence Papangu qui permet à des gens comme nous d’aller à leur rencontre et de découvrir leur mode de vie. Nous avons été séduits par l’initiative qui nous permet d’aider directement la communauté et surtout de ne pas voir des indigènes qu’une pâle démonstration de folklore en compagnie d’un groupe de touristes comme nous l’ont proposé les agences de Baños. Nous souhaitons voir comment aujourd’hui, en 2014, on vit au cœur de la forêt. Quelles sont les activités ? L’organisation sociale ? Quels sont les liens entre  la ville et le village ? Quelle place la société occidentale a-t-elle prise sur les cultures traditionnelles ? Nous espérons trouver une réponse à ces questions et voir la forêt. Marcher au cœur de l’Amazonie de jour comme de nuit. Découvrir plantes et animaux. Ecouter les bruits qui nous entourent. Notre première expérience de forêt tropicale en Malaisie, dans le parc du Taman Negara, nous avait particulièrement plu, malgré l’humidité et la frayeur causée par l’attaque des sangsues ! Nous sommes heureux de retourner dans ce type d’environnement.

CP1120857A l’aérodrome, nos petits sacs sont chargés dans un Cesna. Nous emmenons une partie de notre nourriture et des colis pour les habitants de Sarayacu. Nous devons également emmener un brancard et du matériel médical. Une femme est en train d’accoucher et cela se passe mal, elle est en train de perdre son bébé. Elle doit de toute urgence être évacuée pour l’hôpital de Puyo…

Nous nous ratatinons à bord du petit avion et c’est parti ! La ville de Puyo et les petits villages alentours défilent à quelques centaines de mètres sous l’avion puis c’est la jungle. Dense, verte, elle s’étend à perte de vue, traversée par des rivières serpentant entre cette végétation qui semble vierge de toute présence humaine. Et pourtant il y a des hommes au sein de ce territoire inhospitalier : une maison traditionnelle kichwa émerge parfois de la forêt. C’est fascinant et troublant de se dire que nous sommes en train de survoler l’Amazonie. Nous sommes très émus et ne détachons pas nos yeux des fenêtres !

CIMGP4847 CP1120810Mais le vol est rapide. Une petite demi-heure plus tard, un petit village est en vue. Il est complètement perdu au milieu de la forêt ! Pour atterrir, une piste a été défrichée. On dirait plutôt un chemin ! L’avion est secoué dans tous les sens quand il touche le sol.

CIMGP4859Des gamins courent à notre rencontre et encerclent l’appareil, curieux. Quelques adultes se tiennent un peu plus loin. L’un d’entre eux vient à nous. C’est Juan, notre guide. Petit, trapu, il a de beaux cheveux longs d’un noir de jais brillant. Bien qu’habillé à l’occidentale, son faciès est typique des Indiens d’Amazonie tels que nous nous les représentions. Ici, personne ne porte de tenue typique pleine de plumes. Ils les gardent pour les fêtes ou lorsqu’ils vont en ville pour des revendications politiques (nous verrons des photos). Au quotidien, ils sont vêtus comme vous et moi. Certains peuples de l’Amazonie vivent encore sans porter de vêtements mais ils sont très loin d’ici, profondément enfouis dans la forêt et la plupart de ces peuples refusent tout contact avec la civilisation occidentale.

CP1120988Juan nous emmène voir sa famille. Nous sommes totalement déboussolés. Nous ressentons vraiment ce que l’expression « choc culturel » signifie. Il n’y a finalement que peu d’endroits dans le monde où nous avons tant été en décalage avec notre mode de vie. Les maisons sont de grandes cabanes ouvertes bâties en bois et bambou. Le toit est revêtu de feuilles savamment entrelacées. Nous apprendrons plus tard qu’elles ont une durée de vie d’une quinzaine d’années. A cause de l’humidité, elles pourrissent et peuvent s’écrouler sur elles-mêmes (cela arrive !). Il faut alors reconstruire une nouvelle maison. Des feux de bois sont entretenus à l’intérieur pour assécher au maximum la structure mais malgré cela l’humidité reste omniprésente. Nous sommes moites, nos vêtements sont continuellement humides et le soir, lorsque l’on se couche, les draps ne sont jamais vraiment secs. C’est très désagréable ! Nous dormons donc dans l’une de ces grandes maisons, qui nous est spécialement réservée. Le confort est spartiate. Chaque matelas est posé sur une planche de bois et surmonté d’une moustiquaire. Au sol, de la terre battue. Des toilettes et une douche (à l’eau de la rivière) sont à notre disposition.

CIMGP4860 CP1120852Pour rejoindre la maison commune de la famille Gualinga, il nous faut traverser une grande maison à étage en construction. Dessous sèchent d’énormes pots en terre cuite. Nous découvrirons dans quelques instantes à quoi ils servent…

CP1120847De là, nous arrivons dans la maison commune. C’est une grande case ouverte autour de laquelle sont disposés de très longs bancs taillés dans de gigantesques troncs d’arbres. Il y a une table au milieu. Deux ampoules nues au plafond reliées à un panneau solaire. Un grand et beau fauteuil sculpté en forme d’aigle trône face à cet ensemble. C’est celui du patriarche, un vieux monsieur de plus de 80 ans, le père de Juan. Pour l’instant, nous n’avons pas accès à cette salle. Juan nous a fait nous asseoir dans la cuisine attenante. Il y a un feu par terre et une petite plaque à gaz sur une petite table. A l’arrière, un évier dans lequel un tuyau d’eau (de la rivière) sert à faire la vaisselle. L’un des gros vases de céramique est installé dans un coin et les femmes s’affairent autour. Ce vase contient la chicha, la boisson indissociable des peuples de l’Amazonie. Elle est faite à base de manioc que les femmes mâchent et recrachent dans ce grand vase. On attend quelques semaines que le mélange fermente et on peut se régaler ! Cette boisson est un vrai moment de partage pour les hommes. Dès qu’ils reviennent à la maison, les femmes leur apportent une coupelle de chicha qu’ils se passent de main en main. Elles, elles ont tout le temps les mains dans ce gros vase,  pressant la bouillie pour en extraire le jus. Dès qu’un homme veut de la chicha, il fait signe à n’importe quelle femme qui passe par là (la sienne, sa belle-sœur, sa nièce) pour en avoir. Nous observons cela avec beaucoup d’intérêt mais nous sommes vraiment déstabilisés ! Juan nous fait goûter la chicha… Nous tentons par « curiosité ethnologique » (!) et pour faire plaisir à nos hôtes, très amusés de nous voir. C’est peu alcoolisé et pas très bon. Il y a plein de gens qui gravitent autour de nous. Nous avons du mal à repérer qui est qui. Beaucoup de gamins aussi, qui nous observent de loin. Nous sommes présentés à la sœur de Juan, Patricia et à leurs parents. La mère est toute rabougrie et bossue. Très sympathique, elle viendra souvent discuter avec nous et nous parler de sa famille. Le père lui aussi viendra nous voir à de multiples reprises pendant notre séjour pour s’assurer que tout se passe bien. Lui aura à cœur de nous parler de la perte des traditions et des valeurs de l’époque où il était jeune…

CP1120866 CP1120876Nous quittons la cuisine pour la grande maison commune. Nous sommes tombés en pleine « minga », une journée de travail communautaire. Tous les hommes du village se sont réunis pour couper du bois en forêt pour la famille et le rapporter ici. Nous sommes entourés de dizaines d’hommes qui sont tous assis sur les bancs autour de la salle. On nous demande de nous asseoir à table, en plein milieu ! On est hyper gênés et intimidés ! Notre repas nous est servi et nous devons manger tous seuls avec tous ces hommes autour de nous en train de boire la chicha. Eux, ils ne sont pas gênés comme nous. Ils discutent, ils rient… Pendant tout notre séjour ici, même si nous serons ensuite en comité plus restreint, nous mangerons tous les deux à cette table, seuls, alors que tout le monde vaque à ses occupations autour. Nous ne les verrons jamais manger !

Les frères de Juan vivent donc ici, dans des maisons à étage bâties autour de la maison commune.  Leurs femmes sont venues vivre avec eux après leur mariage. Les hommes passent leur journée ensemble dans la forêt à chasser ou couper du bois. Les femmes, de leur côté, s’occupent des innombrables gamins, du linge, des plantations de yuca, du repas et bien sûr de la chicha.

Juan nous emmène visiter le village. Il y a environ 2000 Kichwas dans la région mais seule une centaine vit dans le village de Sarayacu. Les maisons sont installées de part et d’autre de la rivière.

CIMGP4960Elles sont toutes bâties comme celle où nous logeons. Il y a peu de béton ici ! CP1120842CP1120845Sur la place du village, nous visitons la salle commune réservée aux réunions importantes des chefs de famille.

CP1120821Des phrases militantes prononcées par les représentants de Sarayacu lors de débats nationaux sont inscrites au mur. Toutes traitent des dégâts causés par l’exploitation pétrolière.

CP1120829Il y a une petite église mais le prêtre ne vient que deux fois par mois.

CP1120830Un poste radio est installé dans une petite cabane. Il y a continuellement quelqu’un pour servir de relais avec Puyo. Il y a aussi une petite salle internet ! C’est surprenant !

CP1120822Les ordinateurs et la connexion par satellite ont été installés par une ONG. C’est là que nous faisons connaissance de Samaï, la nièce de Juan. Elle parle un français parfait, à notre plus grand étonnement ! Et pour cause, sa maman est Belge. Elle est arrivée à Sarayacu il y a un peu plus de vingt ans dans le cadre de ses études sur l’environnement. Tombée amoureuse d’un gars du village, elle est revenue en Belgique, enceinte, avec son Indien de mari. Plus tard, ils sont revenus  vivre entre Sarayacu et Puyo. Leurs enfants sont allés d’abord à l’école du village puis en ville. Samaï vient de terminer ses études à Quito. Elle hésite à les poursuivre en Belgique mais elle est amoureuse d’un garçon du village… Bien sûr, elle ne nous a pas raconté tout cela lors de notre première rencontre ! Nous avons plus tard passé une matinée avec elle et nous avons appris tous les potins du village !

CP1120836Nous partons ensuite pour l’école. Comme il y a beaucoup d’enfants ici, elle est très grande ! Malheureusement, les vacances scolaire ont commencé il y a quelques jours. C’est dommage car Noémie aurait beaucoup aimé assister à la classe. Mais nous pouvons tout de même discuter avec les professeurs qui, eux, n’ont que quinze jours de vacances alors que les élèves ont deux mois ! Ils sont chargés de corriger les examens permettant de passer au niveau supérieur et de donner des cours d’été aux enfants qui ne les ont pas réussi. Il y a deux sessions de rattrapage par été. Impossible de passer dans la classe supérieure si on a échoué ! Au collège, nous rencontrerons aussi une professeur d’espagnol en train de préparer ses élèves à cet examen. C’est drôle car ils sont installés dehors (il fait trop chaud à l’intérieur) et elle leur fait classe tandis que son bébé tète son sein !

CP1120886Les professeurs nous apprennent qu’à la maison, les enfants ne parlent que kichwa. A l’école primaire, l’espagnol n’a qu’une place limitée dans les apprentissages. D’année en année, la tendance s’inverse et lors des dernières années de collège tous les cours sont en espagnol. Contrairement à ce que nous pensions, les jeunes ne sont pas trop tentés par la vie en ville. La plupart reste vivre à Sarayacu.

CP1120833Notre première journée a été riche en découvertes et émotions ! Nous passons la soirée à écouter Juan et son neveu, Jose-Luis, le demi-frère de Samaï, jouer de la guitare dans la grande pièce commune. Après dîner, nous partons marcher de nuit aux abords du village. C’est très étrange de marcher dans la forêt en pleine nuit noire. Et peu rassurant aussi quand on sait que nous marchons en pleine rivière et qu’il y a des serpents, parfois même des anacondas ! Noémie n’est pas du tout à l’aise pendant la « balade » et sursaute à chaque papillon de nuit qui la frôle. Juan lui dit qu’elle doit être forte si elle veut que la forêt la respecte. Sinon, la forêt prendra le dessus… Facile à dire ! Nous rentrons un peu déçus car Juan ne nous a pas montré d’insecte alors que c’est ce que nous voulions voir… Il s’est contenté de nous guider sans rien nous expliquer.

CIMGP4974 Ici, on vit avec le soleil. On ne se couche pas longtemps après la nuit tombée et on se lève très tôt ! Nous nous endormons avec les bruits de la nature : insectes et grenouilles. Ce sont les coqs qui nous réveillent, un peu trop tôt à nos yeux !

Le deuxième jour, Juan nous emmène en forêt pour une longue marche. Depuis le temps que nous attendions cela ! Il emmène un fusil (en cas d’attaque d’animal) et une machette pour dégager le chemin. Deux chiens nous accompagnent. Sauf que le plus jeune n’a pas encore l’habitude de la forêt ! Toute la journée il ne cessera d’avoir peur, hésitant à traverser un ruisseau, pleurant… au grand énervement de Juan !

CP1120885Naturellement, nous pensions que Juan allait nous montrer tout plein de plantes médicinales ou comestibles et des tas d’insectes étranges. Rien de tout cela. Il marche vite et ne nous attend pas toujours. Parfois il râle parce que nous sommes trop lents ! Il fait très chaud. Le taux d’humidité est très élevé et le terrain, boueux, est souvent en montée. Nous ne profitons pas vraiment et nous nous fatiguons vite. Heureusement que la beauté de la forêt et les bruits qui nous entourent égaient cette marche car sinon c’est une déception !

CP1120892 CP1120893Il faudra que l’on insiste pour enfin découvrir une « plante-shampoing » et des étranges colonnes d’argiles sculptées par une espèce d’araignée qui ne tisse pas de toile. Nous arrivons finalement à une carcasse de cabane. C’est là que Juan veut construire un lieu d’observation des tapirs. Tout de suite, il devient plus bavard et nous explique en long et en large son projet. Un peu plus loin, il nous conduit à un gigantesque arbre, un fromager. Il nous explique que c’est « son » arbre et que chaque homme kichwa en a un qui veille sur lui. Il allume une sorte de cigarette roulée dans une feuille de bananier et fait une fumigation autour de l’arbre en récitant une prière.

CP1120904Puis nous devons rentrer, toujours au pas de charge. Quel dommage de ne pas avoir plus appris sur l’Amazonie ! Nous n’avons vu aucun animal, ni singe, ni oiseau (on se doutait bien qu’on ne verrait pas de fauve !). La raison est simple : il n’y en a plus aux abords du village car les Kichwas les mangent.

CP1120906A notre retour, nous tombons sur José-Luis qui nous convie dans une grande maison un peu à l’écart des autres. C’est un lieu où sont effectués les rituels chamaniques. Il y a plusieurs sièges sculptés en beau bois.

CP1120915Là, il nous parle de tout plein de choses sur sa vie, ses projets, sa vision du monde et de la forêt. Il aimerait notamment développer sa culture de plantes médicinales pour les vendre. Nous lui posons beaucoup de questions sur la spiritualité des Kichwas, leur perception de la mort… José-Luis nous parle longuement et nous ressortons enrichis de cette conversation. C’est lui qui aurait dû être notre guide !

CP1120916Plus tard, Loïc lui montre des cartes postales de Paris ainsi que des photos de famille qu’il avait emmenées. A son tour, José-Luis allume son PC portable et montre ses photos. Le soir, alors que nous attendions avant d’aller se coucher, José-Luis veut nous offrir un petit souvenir de notre rencontre et nous fabrique à chacun un collier de plumes. En échange, Loïc lui donne un cours d’origami.

CP1120920 CP1120921Le jeudi était normalement notre dernier jour à Sarayacu. Nous devons rentrer en canoa, un petit bateau traditionnel aujourd’hui doté d’un moteur. Mais le niveau de l’eau est trop bas ! Nous rentrerons demain ! Nous ne sommes pas mécontents de passer une journée de plus au village. Juan, par contre, nous a plus ou moins laissé tomber. Il vaque à ses occupations habituelles. Nous passons donc la matinée avec Samaï et le reste du temps d’autres gens du village sont venus nous voir pour papoter. Les femmes de la famille nous ont présenté leur artisanat.

CP1120933 CP1120938Nous en avons aussi profité pour nous balader tous les deux autour du village, dans l’espoir de voir des insectes et des belles plantes. Les papillons ici sont magnifiques ! Surtout les Morphos qui sont immenses et d’un bleu étincelant !

CIMGP4951 CIMGP4930 CIMGP4917Après dîner, alors que nous profitons de la douceur de la soirée dans la salle commune, José-Luis s’affaire à préparer son fusil et des cartouches. Nous lui demandons s’il part à la chasse le lendemain. Il nous répond qu’un vieux du village est parti depuis plusieurs jours en forêt seul, sans chien, et qu’il n’est pas rentré. Il s’est probablement perdu. Le lendemain, il partira avec d’autres hommes le chercher. Nous allons nous coucher en pensant à ce vieil homme qui dormira seul dans la forêt une nuit de plus…

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Voici venu notre dernier lever à Sarayacu. C’est passé si vite ! Et pourtant, nous avons vécu tellement de choses ! Il est cinq heures du matin. Juan nous ordonne (vu le ton employé…) d’aller dans la cabane du chaman. Nous sommes intimidés en entrant car une dizaine de personnes est là, autour d’une grosse marmite. Il y a les hommes qui vont partir chercher la personne qui s’est perdue ainsi que plusieurs vieux du village. Nous nous faisons tout petits dans un coin. Ils parlent entre eux en kichwa et boivent une boisson tirée de la marmite. C’est une sorte de tisane aux herbes. Nous devons nous aussi en boire pour nous purifier avant notre départ. Nous n’avons pas très bien compris si ce rituel est régulier ou s’il est lié au départ des hommes dans la forêt. Toujours est-il que Juan nous dit qu’il a commencé à deux heures du matin ! Nous disons au revoir à tout le monde, émus de quitter cette famille accueillante que nous ne reverrons jamais. José-Luis nous annonce qu’ils ont retrouvé le chasseur perdu dans une vision !

Nous partons en bateau avec d’autres gens du village. Le trajet pour rejoindre la ville est long : près de cinq heures ! Mais ce fut une belle expérience de naviguer au coeur de la forêt. Cela nous a permis de mieux nous rendre compte de l’éloignement du village. Nous l’avions si rapidement rejoint en avion !

CP1120995 CP1130003Le bilan de notre séjour à Sarayacu est positif. Nous rentrons enrichis de nos rencontres. Nous avons réellement basculé dans un autre mode de vie. Malgré quelques déceptions liés au caractère de Juan, nous avons apprécié l’expérience. Il n’a par exemple jamais parlé à Loïc ! Il s’est toujours adressé à Noémie d’un ton autoritaire ! Heureusement que nous avons pu apprendre des tas de choses sur les plantes et les insectes à Puyo avec Omar car sinon, nous serions restés sur notre faim…

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Puyo

  • Dimanche 13 et lundi 14 juillet 2014
  • Du vendredi 18 au lundi 21 juillet 2014

Puyo, aux portes de l’Amazonie. Il fait chaud, l’air est saturé d’humidité et des averses dignes du déluge nous tombent régulièrement sur la tête. Parfois, il pleut sans arrêt toute la journée. Nous nous mettons à rêver et nos songes nous emportent au cœur de la forêt gigantesque. Elle est là, tout près de nous l’Amazonie ! Et dans deux jours, nous marcherons au sein de ce territoire enchanteur…

CP1120797En attendant, une fois n’est pas coutume, nous nous offrons deux nuits dans un complexe hôtelier de bon standing, El Pigual. Nous y reviendrons également à notre retour de la foret. Trois nuits ici nous coûtent autant que trois semaines dans un hôtel pour routards ! Mais bénéficier d’un immense lit confortable, d’une salle de bain à l’eau chaude assurée et d’un cadre au calme absolu nous fait beaucoup de bien ! En ce moment, l’hôtel est presque vide. Loïc en profite pour négocier une petite ristourne ! Pourquoi abandonner ses bonnes habitudes ?! C’est rigolo de voir les employés porter nos gros sacs à dos jusqu’à notre bungalow… Et ils n’ont sûrement pas l’habitude de voir des gens habillés en randonneurs dans les belles allées du parc ! Nous sommes en demi-pension et vivons donc comme dans une bulle. Nous nageons dans la piscine, allons au sauna, au hammam et au jacuzzi. Quel luxe !

CP1120793 CIMGP4842 CP1120802L’immense parc dans lequel le complexe a été bâti est particulièrement calme et propice à la balade. Nous y croisons même quelques animaux, tel cet énorme rongeur surpris de nuit, ces fourmis champignonnières qui portent des bouts de feuilles trois fois plus gros qu’elles et même ces petits singes craquants que nous surprenons un matin dans un arbre près de notre balcon ! Les fourmis nous fascinent. Il y en a partout ! Nous tentons de les suivre de l’arbre jusqu’à leur fourmilière mais nous abandonnons la piste en bordure d’un bosquet. Si on lève la tête, on s’aperçoit que beaucoup d’arbres ont les feuilles toutes grignotées. Très exotiques et amusantes pour nous, les fourmis sont un fléau pour les propriétaires de l’hôtel…

CIMGP5017 CIMGP5008 CIMGP5026Ceux-ci sont particulièrement sympathiques et viennent discuter avec nous tous les matins. Pourquoi ce traitement de faveur ? Et bien parce que le propriétaire est un Français installé en Equateur depuis près de vingt ans ! Il a passé plus de quarante ans en Amérique du Sud et a finalement entrepris de finir sa vie à Puyo, d’où est originaire sa femme. Celle-ci nous a fait visiter leur nouveau projet, un grand parc attenant au complexe hôtelier consacré au bambou. Leur rêve est de voir l’espèce de bambou endémique, la gardua, remplacer les bois si précieux d’Amazonie dans la construction, l’ameublement et l’artisanat.  C’est un peu utopique à nos yeux mais ils sont tellement pleins de bonne volonté qu’on se laisse rêver avec eux. Pourquoi pas après tout ?! L’objectif de ce parc sera de sensibiliser les Equatoriens à cette plante. Ils ont construit des maisons (qui pourront être louées pour les vacances), des ponts… et un superbe jardin d’agrément.

CIMGP5030 CIMGP5031Au retour de notre séjour en forêt que nous vous relaterons dans le prochain article, nous changeons d’hôtel pour une petite pension familiale. A notre arrivée, comme nous sommes les seuls clients, Susana nous convie au restaurant avec elle. Quel accueil ! Nous goûtons une spécialité de la forêt, le poisson cuit au feu de bois dans des feuilles de bananier avec des bananes plantains et du yuca (nom local du manioc). C’est très sain ! CP1130012Dans cette pension sympathique, nous passerons beaucoup de temps à jouer avec les animaux de Susana, Moka le gros chien-peluche, la tortue et surtout « Tito », le chaton ! Il s’appelle ainsi car en espagnol chaton se dit « gatito »…

CIMGP5132Entre deux averses, nous nous rendons à deux refuges pour animaux de la forêt. Le premier, « Los Monos », est consacré aux singes. Il a été créé par un Suisse francophone, Yvan, avec qui nous discutons de son projet. Il recueille des animaux rejetés par leurs maîtres. Et oui… aujourd’hui encore, beaucoup d’idiots pensent que les animaux sauvages peuvent servir d’animaux de compagnie dans une cage en appartement… Sauf que le bébé singe tout mignon, en grandissant, va devenir violent et agressif. Ce sont ces animaux traumatisés, souvent maltraités, qui arrivent au centre. Le travail de « retour à une vie normale » pour ces singes prend des années. Beaucoup gardent des séquelles psychologiques. Ainsi, la plupart des singes sont parqués dans des cages électrifiées. Cette ambiance de « prison » nous refroidit un peu… On ne s’attendait pas à voir cela !

CIMGP4995Avant, la plupart des singes étaient remis en liberté lorsque leur période de réadaptation à la vie sauvage était concluante. Maintenant, c’est terminé. Tous resteront ici. Yvan nous explique que la politique actuelle du gouvernement équatorien est tournée à fond vers l’exploitation pétrolière en Amazonie. La déforestation des zones protégées est plus importante que jamais. A grand coup de censure et de propagande, le projet est présenté (et perçu par les Equatoriens !) comme un grand bond en avant dans l’ère de la modernité. Nous sommes écoeurés. Nous sommes sensibilisés à la disparition de l’Amazonie depuis gamins. Nous pensions naïvement que les grandes instances internationales réussissaient tant bien que mal en enrayer le problème… Rien de tout cela, c’est pire qu’avant ! Entre le discours alarmiste d’Yvan et  la vue de ces singes traumatisés, c’est bien moroses que nous rentrons… Mais cela a été une bonne chose d’entendre ces mots. Nous voulions connaître la réalité de l’Amazonie ?! Nous l’avons !

CIMGP4991 CIMGP4989 CIMGP4988Le centre Yana Cocha recueille également des animaux sauvages anciens animaux de compagnie. Ici aussi il y a des singes, dont le plus petit singe du monde qui ne mesure qu’une quinzaine de centimètres ! Contrairement à Los Monos, ils bénéficient de grands espaces naturels pour évoluer et s’épanouir, comme des petites îles. Ils s’y sentent tellement bien qu’ils ont même des bébés ! Le lieu s’apparente plus à un zoo. Chaque espace de la réserve est très bien aménagé. Nous observons beaucoup d’animaux et d’oiseaux, avec un énorme coup de cœur pour les ocelots, ces cousins du jaguar ! A la fin de la visite, nous rencontrons le propriétaire du centre et la vétérinaire. Moins déprimés qu’Yvan, ils nous expliquent que tous ces animaux sont remis en liberté dans une réserve dont ils sont propriétaires. Espérons que leur projet ne soit pas menacé par l’exploitation pétrolière…

CIMGP5139 CIMGP5155 CIMGP5173 CIMGP5201 CIMGP5198 CIMGP5197 CIMGP5208Dans la forêt, notre guide n’était pas très enclin à nous présenter les plantes de l’Amazonie alors que c’est vraiment quelque chose que nous voulions découvrir (ce n’est pas faute de lui avoir demandé !). Nous vous en parlerons en détail dans le prochain article. Heureusement, notre requête a finalement été exaucée lors de notre visite du jardin « Les Orchidées ». Le nom est trompeur : ce n’est pas un jardin mais un bout de forêt que l’on visite en compagnie d’Omar, le sympathique propriétaire passionné de botanique et d’entomologie. La balade dure plus de deux heures et nous ne voyons pas le temps passer, émerveillés par les plantes et les insectes qu’Omar nous montre.

CIMGP5165 CIMGP5052 CIMGP5050 CIMGP5043 CIMGP5034Les orchidées sont fascinantes. Certaines mesurent seulement quelques millimètres ! Il faut les observer à la loupe ! Nous découvrons plantes médicinales et plantes alimentaires. Nous goûtons, sentons, touchons… et apprenons des tas d’infos passionnantes sur la flore de l’Amazonie ! Nous voulions faire une visite de nuit pour voir les insectes mais la pluie nous a empêché de revenir, dommage.

CIMGP5080 CIMGP5122 CIMGP5114 CIMGP5088 CIMGP5076 CIMGP5127A Puyo, nous avons donc bénéficié d’un complément d’informations enrichissant sur l’Amazonie, avant et après notre séjour en forêt. Vous allez ensuite découvrir notre séjour de quatre jours au sein de la communauté indienne kichwa de Sarayacu, située à cinq heures de bateau de Puyo… A suivre !

Baños

Vendredi 11 et samedi 12 juillet 2014

En espagnol, « Baños » signifie « bains ». On utilise ainsi ce mot pour désigner la salle de bains mais aussi les toilettes. Comme son nom l’indique, « Baños » est une ville thermale (et non une ville où il n’y a que des toilettes). Elle est réputée dans tout l’Equateur pour ses eaux chaudes aux nombreuses vertus. C’est aussi un lieu très prisé des sportifs : randonnée, VTT, rafting, saut à l’élastique, tyrolienne… peuvent y être pratiqués.

Cette petite ville est située au pied du volcan Tungurahua, souvent en éruption (il est calme en ce moment). La ville est entourée de montagnes dont les pentes sont recouvertes d’une végétation importante (nous nous rapprochons de l’Amazonie). Sauf que nous n’avons vu ni montagne ni volcan à Baños, car il a beaucoup plu pendant notre séjour. Nous abandonnons l’idée de randonner sur les hauteurs de la ville car nous aurions passé notre temps dans les nuages.

La ville en elle-même ne présente aucun attrait touristique. Seule l’église trouve grâce à nos yeux… Nous passons donc notre première journée à Baños à réfléchir à notre séjour en Amazonie, avancer sur le blog, faire des crêpes, jouer aux cartes et regarder La Belle et la Bête sur Disney Channel (nous sommes dans une thématique Disney depuis Cuenca !).

CP1120770Le soir, nous mettons le nez dehors pour aller nous baigner dans les eaux chaudes des bains de la Vierge. Nous nous rendons vite compte qu’il ne faut pas y aller dans l’optique d’une séance thermale de détente et volupté… L’endroit est bondé !

CP1120780 CP1120778Et puis, avec nos bonnets de bain, on a tellement l’air ridicule qu’on est vraiment loin du spa ! Loin d’être déçus, nous profitons de l’expérience avec humour, passant d’ailleurs plus de temps à faire des photos rigolotes de nous avec nos bonnets que dans l’eau… Il y a une bonne dizaine de photos mais comme nous souhaitons garder notre dignité, vous n’en verrez que deux.

CP1120774 CP1120786Dans l’eau, il faut vraiment ne pas être gêné par la promiscuité ! On est tout le temps en contact avec un pied, un dos, ou un (gros) ventre… Et quand on a trouvé un coin pour s’asseoir, on ne peut plus bouger tant il y a du monde ! Comme l’eau est très très chaude (plus de 40 degrés), on doit régulièrement quitter le bassin pour se rafraîchir. En sortant, on a l’impression d’être deux légumes qui viennent d’être blanchis à l’eau bouillante!

En sortant du "spa", une guirlande de boutique vende des sucreries.

En sortant du « spa », une guirlande de boutique vend des sucreries.

Elles sont principalement à base de jus de canne ou de goyave.

Elles sont principalement à base de jus de canne ou de goyave.

Le lendemain, si les nuages taquinent encore les montagnes entourant la ville, il n’a pas l’air de vouloir pleuvoir. Avec un couple d’Allemands de l’auberge et un Américain, nous enfourchons des vélos pour descendre la célèbre route des cascades. 18 km de vélo pendant lesquels nous pourront admirer une petite dizaine de cascades.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAElles se succèdent les unes après les autres le long de la route, entourées d’une végétation de plus en plus luxuriante (cette même route mène en Amazonie, quelques 60 km plus loin !).

CIMGP4794CIMGP4796Le hic, c’est qu’il n’y que très peu de pistes cyclables aménagées, seulement pour contourner les tunnels empruntés par les voitures. Et se faire frôler par les bus et camions n’est pas très agréable ! C’est le seul point négatif de cette journée car, pour le reste, les cascades sont toutes très belles. On peut traverser la rive pour aller voir certaines d’entre elles de plus près, soit en tyrolienne, soit en petite nacelle !

CIMGP4786 CIMGP4790Sur la route, nous aurons plusieurs fois l’occasion de tester ces moyens de transport originaux mais nous sommes un peu réticents en voyant le peu de norme de sécurité mises en place pour les tyroliennes. Le pire reste le saut à l’élastique ! D’ailleurs, ce n’est même pas un élastique mais une corde raide, il n’y a donc aucun rebond. Nous avons regardé deux jeunes filles sauter et comme l’une d’elle était pétrifiée de peur, le gars l’a tout simplement poussé dans le vide ! La vision pour nous était horrible, on aurait dit un assassinat ! En bas, les courageux sont récupérés n’importe comment ! Bref, pas envie de tenter l’expérience !!!!

Le clou de la journée, c’est le Pailon del Diablo, une cascade gigantesque, qui surgit d’un énorme bloc de lave au milieu d’une végétation tropicale ! Tout y est, le bruit, la hauteur,  la puissance… et l’eau qui mouille ! On peut s’approcher au plus près et passer derrière, c’est vraiment impressionnant !

CIMGP4799 CIMGP4801 CIMGP4802 CIMGP4811 CIMGP4818Quelques kilomètres plus loin, c’est sous la pluie (ben oui, c’est pas drôle s’il fait beau tout le temps), que nous allons voir une dernière cascade, notre coup de coeur avec le Pailon del Diablo. Nous mettons nos vélos à l’arrière d’un pick-up et hop, refaisons la route en sens inverse sans subir les côtes !

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Le marché de Guamote

Jeudi 10 juillet 2014

Si la plupart des marchés indigènes des Andes attirent beaucoup de touristes chaque semaine comme le marché de Tarabuco en Bolivie ou celui d’Otavalo au Nord de Quito, celui de Guamote reste confidentiel. Il n’est mentionné qu’en petites lignes dans les guides et aucune agence de voyage des villes alentours ne propose une excursion en mini-bus pour y aller. Nous y avons atterri suite au conseil de notre copine Séverine de Jakarta ! Et ce fut un conseil très judicieux car nous n’avons croisé que quatre autres touristes ce jour-là ! Beaucoup d’authenticité donc au sein de ce marché. Aucun stand de souvenirs à touristes, que des produits destinés aux habitants des villages alentours qui viennent ici chaque jeudi. Nous sommes arrivés de bonne heure, quasi en même temps que les locaux.

CIMGP4674Nous avons déambulé de longues heures parmi les étals qui s’étendent dans toutes les rues, sur les places, sous les halles… et jusque sur la voie ferrée !

CIMGP4686 CP1120737Comme dans tous les marchés du monde, il y a essentiellement des produits alimentaires. Nous nous rendons vite compte que la production locale tourne essentiellement autour des pommes de terre et des carottes. Il y en a des tonnes sous les halles ! Les énormes sacs sont portés à dos d’homme et toute la famille s’y met, y compris les jeunes de 10-12 ans.

CP1120755 CIMGP4762 CIMGP4741 CIMGP4761 CIMGP4733 CIMGP4700On trouve du poisson, de la viande, des fruits et légumes, des céréales, des plantes médicinales… Nous avons parfois du mal à nous frayer un chemin dans la foule tant il y a du monde !

CP1120764CIMGP4704Et ici, les gens ne sont pas là pour flâner ! Ils se dépêchent et n’hésitent pas à nous bousculer… Au départ, nous avons vraiment eu peur de passer pour les touristes pénibles avec leur appareil-photo. Mais nous nous sommes aperçus qu’ils se bousculent tout le temps, touristes ou voisins ! Ouf ! De même, Loïc a pris soin d’être discret pour prendre des photos, afin de ne pas importuner les gens. C’est l’éternel problème des portraits : ce sont des clichés superbes pour nous mais qui peuvent déranger le modèle (modèle malgré lui d’ailleurs la plupart du temps).  En plus, l’appareil photo de Loïc est loin d’être discret ! Nous demandons donc le plus possible aux gens s’ils veulent bien être pris en photo et Loïc prend beaucoup de photos de loin. D’une part, nous ne voulons pas importuner les gens et d’autre part nous ne voulons pas donner une image négative de nous et des touristes en général.

CIMGP4768 CIMGP4714 CIMGP4697 CIMGP4691Le midi, alors que nous nous sommes attablés dans un boui-boui, nous nous retrouvons en face d’un couple du coin. Ils nous demandent ce que nous faisons des photos. Nous leur expliquons que ce sont des souvenirs, que nous allons les montrer à nos familles, nos amis… Ils pensaient que nous allions les vendre ! Nous comprenons mieux pourquoi tant refusent d’être photographiés ! La conversation avec ce couple a été très intéressante. Ils ont notre âge et trois enfants de 10 à 14 ans. Cela les surprend beaucoup que nous ne sommes pas encore parents et que nous voyageons tous les deux sans être mariés ! Ce qui les intéresse le plus, c’est le coût de la vie dans notre pays et nos salaires. Nous leur expliquons de façon peut-être un peu caricaturale que nous gagnons beaucoup plus d’argent que les Équatoriens mais que tout coûte plus cher chez nous. Et que voyager dans leur pays n’est donc pas très onéreux pour nous.

CIMGP4718 Il n’y a pas de véritable marché aux bestiaux à Guamote mais nous avons vu des tas de gens traîner leur cochon ou leur mouton pour le vendre. Les animaux refusent systématiquement d’avancer, c’est très drôle !

CIMGP4709 CIMGP4707 CP1120766Il y a une section volailles et juste à côté un endroit où sont vendus les « cuys », les cochons d’inde ! C’est tout un rituel d’en acheter un : les acheteurs potentiels sont serrés autour d’un immense sac et la vendeuse sort les animaux un à un pour les montrer. L’animal est scruté sous tous les angles, tâté… Puis son prix est férocement négocié ! En moyenne un « cuy » coûte 5 à 6$ (3/4 euros).

CP1120757 CP1120761Beaucoup de vendeurs ambulants circulent parmi tout ce petit monde. Leurs marchandises sont diverses : produit vaisselle et éponges, balais, huile… Ils crient le nom de leur marchandise en insistant sur le prix, toujours très bas bien sûr : quelques « dolaritos » (petits dollars !).

CIMGP4699Cette ambiance ne serait pas si particulière si nous n’évoquions pas les tenues traditionnelles des gens : jupe colorée, chapeaux, colliers de toutes petites perles, belle ceinture brodée et cheveux noués par un beau ruban. Nous en achetons trois ! Probablement pas pour mettre dans nos cheveux mais on trouvera bien une astuce déco à faire avec !

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Vers treize heures, après que tout le monde ait pris son « almuerzo », le marché se calme. L’effervescence diminue, les gens repartent en camionnette dans leur village. Nous prenons alors le bus vers Baños.

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Cuenca

Du dimanche 6 au mercredi 9 juillet 2014

L’Equateur est un pays à taille humaine (environ deux fois plus petit que la France). Finis les longs bus de nuit ! Pour aller d’une ville à l’autre, il n’y a pas dix à douze heures de trajet mais plutôt quatre à six. On revit ! Le bus pour Cuenca est riche en couleurs : musique rythmée et vendeurs qui grimpent à chaque arrêt pour nous pour vendre boissons, glaces, empanadas… Ils redescendent à l’arrêt suivant ! Enfin, « arrêt », c’est vite dit… Le bus ralentit et les gens doivent sauter !

P1120688A Cuenca, nous trouvons un hôtel plutôt rapidement (à la troisième visite). Tous nos critères sont réunis : cuisine, ordinateur et chambre confortable. Nous faisons les courses et passons notre première soirée devant Le Roi Lion sur Disney Channel.

Cuenca est une très jolie ville à l’architecture coloniale. La météo n’est pas trop de notre coté lorsque nous nous y baladons mais nous apprécions ses rues et ses monuments.

CIMGP4586 CIMGP4585 CIMGP4664 CIMGP4665 CIMGP4663 CIMGP4584Il y a deux cathédrales à Cuenca ! La vieille et la jeune ! La « cathédrale neuve » est très imposante. Elle domine le Parque Calderon de ses grosses tours. L’intérieur semble vide tant il est immense.

CIMGP4668 CIMGP4622 CIMGP4669Cette église contraste beaucoup avec la « cathédrale vieille », située de l’autre coté de la place. L’extérieur est plus délicat et l’intérieur est charmant. Nous sommes séduits malgré l’incompétence de la guide (que nous ne suivons plus rapidement). Son style est très original. Les peintures sur bois sont dans les tons pastels et une Cène en statues grandeur nature occupe la place de l’autel.

CIMGP4570 CIMGP4568Nous visitons également le petit musée des cultures aborigènes. Il abrite une riche collection archéologique d’objets représentant les cultures amérindiennes d’Equateur depuis le Ier millénaire avt JC jusqu’aux Incas. Ce sont essentiellement des céramiques et terres cuites : poteries, figurines… La présentation est un peu confuse et on manque d’explication malgré le livret en français mais nous trouvons tout de même le lieu intéressant. Ce qui est bien, c’est qu’ici tous les objets ne sont pas en vitrine et on peut même en toucher certains comme des instruments de musique en pierre.

CIMGP4582 CIMGP4579 CIMGP4574Autre lieu sympa à visiter, le marché aux fleurs. Il se situe sur le parvis d’une petite église tout prés de la récente cathédrale.

CIMGP4672 CIMGP4674A Cuenca, nous avons fait une découverte : le célèbre chapeau « panama » n’est pas fabriqué au Panama… mais ici, en Equateur ! D’ailleurs ici, on ne dit pas « panama » mais « sombrero de paja toquilla », c’est-à-dire « chapeau de paille », tout simplement. Alors pourquoi ce nom de panama si le panama ne vient pas du Panama ?!

P1120714L’histoire remonte aux années 1880, lorsque le canal de Panama était en construction. Les ouvriers utilisèrent ce chapeau porté depuis longtemps en Equateur pour se protéger du soleil. Les Européens découvrèrent alors le chapeau et l’associèrent au Panama. Depuis, le nom est resté.

Le « sombrero de paja toquilla » est donc fabriqué à partir de la tige d’un palmier qui pousse dans la région de Montecristi, sur la côte. On y fabrique d’ailleurs une partie des chapeaux. Mais c’est à Cuenca, au Sud du pays, dans la « Sierra », que la majorité des chapeaux sont élaborés. Deux grandes fabriques sont notamment implantées, celles de Rafael Paredes et d’Homero Ortega. Ces artisans ont fabriqué des chapeaux pour les grands de ce monde, de Winston Churchill à Lady Di en passant par Jean Gabin, Johnny Depp… Nous les visitons toutes deux, apprenant tous les secrets du panama !

Si la visite de ces ateliers et de leurs boutiques est passionnante, elle ne nous suffit pas ! En effet, nous ne pouvons y voir que les dernières étapes de fabrication d’un chapeau, à savoir la mise en forme et la couture du ruban. Nous voulons en voir plus, notamment le tissage et ainsi, comme dit Loïc, « remonter la filière » ! Pour cela, nous nous rendons dans le petit village de Sigsig, à une heure de route de Cuenca. C’est là que les femmes tissent la « paja toquilla » ! Et dès que nous descendons du bus, nous constatons que nous sommes au bon endroit : partout dans la rue des femmes ont des tiges de paille dans les mains. Elles tissent en marchant, en bavardant… Bref, dés qu’elles ont un temps libre.

CIMGP4643 CIMGP4640 CIMGP4639 Nous nous rendons à une petite coopérative tenue par des femmes. Ici aussi, on fabrique des chapeaux de grande qualité. Il y a huit ouvrières pour la fabrication des chapeaux et une centaine de tisserandes leur fournissent leur base de travail. La « dueña » (propriétaire) nous fait visiter l’atelier et nous complétons nos connaissances acquises dans les fabriques de Cuenca.

Voici donc comment se fabrique un panama ! Les photos proviennent des trois ateliers visités.

1) La tige du palmier séchée est découpée en fines lamelles. Les petites mains habiles des tisserandes les assemblent pour former la structure de base du chapeau. On distingue plusieurs degrés de finesse, selon que le tissage a été effectué avec des lamelles plus ou moins fines. Il faut une journée pour tisser un chapeau « fino » de grade 6 (soit six points par centimètre) et plusieurs mois pour un « extrafino » de grade 26 !

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Tiges du palmier teintées en train de sécher.

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Démonstration de la technique du tissage.

2) Les chapeaux bruts sont lavés et blanchis. La paille qui dépasse est coupée. On les assouplit en les tapant à coup de marteau sur un moule puis on repasse les bords.

CIMGP46453) Les chapeaux passent ensuite dans une grande presse hydraulique chauffée pour leur donner leur forme définitive. Il y a des dizaines de moules différents, du plus classique à la forme « cowboy », en passant par tous les chapeaux féminins possibles et imaginables. Les chapeaux sont pressés trois à quatre fois afin qu’ils conservent bien leur forme.

CIMGP4591 CIMGP46314) Les finitions : les ouvrières coupent les petits fils qui dépassent avec beaucoup de minutie. Le bord est ensuite ajusté à la dimension voulue.

CIMGP46135) Un ruban est cousu à l’intérieur, celui de l’extérieur est collé.

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Collage du ruban extérieur

P11207116) Un dernier tour en presse et le chapeau est prêt à être porté ! Un bon panama peut se plier pour entrer dans une toute petite boite mais il ne faut pas l’y laisser plus de quelques jours, sinon il perdrait sa forme.

CIMGP4596A Cuenca, on peut acheter un panama pour un prix allant de 25 euros (panama « fino » de base) à environ 150 euros pour un extrafino de très bonne facture. Par curiosité, nous sommes allés voir sur des sites internet de chapeliers anglais et français le prix de ces mêmes chapeaux, ceux que l’on a vu en usine… Le chapeau de base coûte près de 100 euros et les extrafinos plus de 500 ! C’est fou ! Noémie n’a pas pu résister et s’est acheté chez Homero Ortega un chapeau de cérémonie d’inspiration panama mais dans un style plus féminin ! Il coûte trois fois plus cher en France, c’est l’affaire du siècle !

Les îles Galapagos : San Cristobal

Du lundi 30 juin au samedi 5 juillet 2014

Après avoir découvert les tortues de l’île de Santa Cruz, nous mettons le cap sur San Cristobal, l’île-capitale des Galapagos. Cette dernière est moins peuplée et moins touristique que Santa Cruz qui est le port de départ des croisières. Et apparemment, il y fait beau ! Santa Cruz est en effet recouverte la majeure partie de la journée par la « garua », un brouillard fréquent à cette époque. Nous hésitions avec l’île d’Isabella mais suite aux conseils de notre copine Séverine de Jakarta (qui a vécu plusieurs années en Equateur) et de Marine et Guillaume, couple rencontré à Tortuga Bay, nous avons décidé de passer le reste de la semaine à San Cristobal.

Pour y aller, il faut prendre un petit bateau rapide pendant deux heures et demi. Très vite, nous constatons que le trajet ne va pas être de tout repos : la mer est agitée et le bateau tape violemment l’eau après avoir affronté les vagues, nous secouant fort sur nos banquettes. Au bout d’une demi-heure, Noémie sent le mal de mer arriver… Pour ceux d’entre vous qui n’ont jamais connu cela, sachez que c’est horrible. Noémie va être bien malade pendant tout le trajet… Loïc, réactif et attentionné, lui fournira sacs plastiques et serviettes en papier…

Nous arrivons enfin à Puerto Baquerizo Moreno à San Cristobal. Ce voyage n’en finissait pas ! Noémie a bien besoin de reprendre ses esprits alors nous nous reposons sur un banc. Nous bénéficions d’un comité d’accueil exceptionnel : une tortue marine nage en surface à quelques mètres de nous et une dizaine de lions de mer paresse sur les rochers ou joue dans l’eau !

Nous partons ensuite pour la pension Estrellitas, conseillée par Guillaume et Marine. Nous tombons par hasard sur son propriétaire dans la rue ! Il nous demande si nous cherchons un hôtel, nous lui donnons le nom, et il nous répond que c’est chez lui, c’est drôle, non ?! C’est un lieu très agréable. Il n’y a que quatre chambres qui se partagent une grande cuisine et un salon. Le premier soir, nous sommes seuls en compagnie d’un jeune Américain. Nous parlons de nos séjours respectifs, nous évoquons notre voyage, la relative facilité d’obtenir un congé d’un an en France sans perdre son travail… Quand on lui demande son métier, il nous répond qu’il est soldat et qu’il revient juste d’Afghanistan où il était démineur. Choqué par son expérience, il est venu pour des vacances de plongée aux Galapagos. Nous nous sommes trouvés bien bêtes. Nous vivons dans une bulle depuis près d’un an et il vient soudainement de nous rappeler à une réalité toute autre…

San Cristobal, c’est le paradis des lions de mer. C’est simple, il y en a partout !

CIMGP4401Toute la promenade du front de mer est occupée par des colonies de dizaines d’individus. Ainsi, si vous voulez vous asseoir sur un banc, il y a de fortes chances que vous n’en trouviez pas de libre ! Ils adorent y faire la sieste. Impossible également de jouer dans la piscine d’eau de mer et ses toboggans : ce sont les maîtres des lieux !

CIMGP4426 CIMGP4433CIMGP4392 Il y a les lions de mer « urbains » et ceux de la plage et des rochers. Toutes les plages et criques de l’île sont peuplées de dizaines et de dizaines de lions de mer ! La Playa Mann, notre préférée, est le lieu idéal pour les observer. Ce sont nos voisins de serviette… Ils n’ont absolument pas peur de nous et sont inoffensifs. Certains se laissent approcher, d’autres grognent quand on est trop près. Lorsque les gros mâles arrivent, on s’éloigne un peu quand même ! Ils se dressent et marquent leur territoire d’un gros « broooooaaarrrrrrrr ».

CIMGP4106CIMGP3968 CIMGP4008CIMGP3996 CIMGP3988Nous sommes tombés à la bonne période car il y a plein de bébés et de jeunes ! Les petits sont vraiment craquants quand ils tètent leur mère. Les jeunes sont « foufous » comme des chiots et passent leur temps à jouer dans l’eau. Quand on part les observer avec masque et tuba, ils viennent nous voir, curieux, et tentent de jouer avec nous ! C’est très impressionnant au début !! On ne se lasse pas de les observer. Leur nage s’apparente à un beau ballet sous-marin.

CIMGP3954 CIMGP3948 CIMGP3974A la sortie de la ville, près de la Playa Mann, il y a un centre d’interprétation très instructif sur l’histoire géologique et naturelle des Galapagos, les enjeux actuels liés au tourisme et à l’environnement. Derrière ce centre, il y a un petit sentier qui serpente dans la végétation broussailleuse et mène à divers points de vue et à une petite plage.

CIMGP4055 CIMGP4057Il conduit surtout à une petite crique, »las Tijeretas ». C’est là que Darwin et les autres scientifiques du Beagle ont débarqué ! Une immense statue rend hommage au père de la théorie de l’évolution. Pour nous, c’est un super spot de snorkelling ! Comme le fond sous-marin n’est pas constitué de sable mais de rochers, la visibilité est très bonne. En plus des lions de mer, on y observe donc des poissons et Loïc a même eu la chance de voir des tortues !

CIMGP4045 CIMGP4053 CIMGP4037Un soir, alors que nous rentrons de la plage, nous tombons sur un retour de pêche. Il n’y a pas de port ici où l’on vend les poissons comme à Santa Cruz et les gens les achètent directement au déchargement du bateau. Aujourd’hui, ils ont pêché des thons mais l’un est coupé en deux : « tiburon » nous explique le pêcheur, c’est-à-dire requin… Nous lui achetons un beau poisson que l’on dégustera en ceviche et en soupe.

CIMGP3965Par contre, pour l’anniversaire de Noémie, nous ne dînons pas « chez-nous » mais au restaurant, où nous nous régalons d’une langouste (chacun ! Coco pour Loïc, à l’ail pour Noémie) et d’une citronnade !

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Bon Anniversaire !

Pour voir de près les oiseaux des Galapagos, eux aussi uniques au monde, nous sommes partis en excursion sur l’Isla Lobos, l’une des petites îles inhabitées accessibles seulement en compagnie d’un guide naturaliste. Avec nous, il y a aussi une famille de Mexicains. Nous longeons tout d’abord les côtes de San Cristobal, dans l’espoir de voir des frégates « magnifiques ». Voila un oiseau qui porte bien son nom ! Le mâle, pour attirer les femelles, gonfle sa gorge comme un gros ballon rouge ! Effectivement, nous pouvons voir quelques taches rouges dans les arbres.

CIMGP4453 CIMGP4459Arrivés à l’île, nous débarquons pour aller voir les oiseaux de près. Il nous faut enjamber un jeune lion de mer qui dort au début du sentier ! Très rapidement, le guide (très compétent tout le long de la journée) nous montre un nid de frégate. Il y a un bébé ! Il est trop drôle ! Nous pouvons observer de près, en vol, les frégates mâles à la gorge rouge gonflée. C’est impressionnant ! Mais difficile à photographier…

CIMGP4481Nous apprenons que les frégates ne plongent pas pour se nourrir car, à la différence des autres oiseaux marins, leur corps ne produit pas d’huile protectrice imperméabilisante. Pour se nourrir, ils pêchent en surface ou, plus fréquemment, dérobent leur proie aux autres oiseaux en plein vol, d’où leur nom de frégate (à l’origine, c’est un petit bateau de pirates très rapide). Plus loin, nous découvrons l’oiseau que l’on tenait absolument à voir : le fou à pattes bleues ! La couleur de ses pattes est vraiment surprenante ! Cet oiseau niche au sol, il y en a d’ailleurs qui couvent leurs oeufs.

CIMGP4507 CIMGP4524Sur les blocs de lave, il y a des tas d’iguanes marins, peu visibles de prime abord tant ils se confondent avec la roche.

CIMGP3984 CIMGP4495CIMGP4526De retour au bateau, notre guide de snorkelling nous attend ! Un jeune lion de mer nage en effet juste là. Nous enfilons combi (l’eau est froide !), palmes, masque et tuba et sautons dans l’eau. Il y a peu de poissons à voir mais le lion de mer ne cesse de nous tourbillonner autour. C’est extraordinaire de nager avec ! Notre guide (le vrai !) a pris une bouée pour soulager la petite fille mexicaine. Une corde traîne dans l’eau à l’arrière de la bouée. Le lion de mer n’a cessé de jouer avec ! De vrais chiots on vous dit ! Le long des rochers, nous trouvons un iguane marin en train de brouter des algues. Sur terre, ces bestioles passent leur temps à se dorer la pilule au soleil. Sous l’eau, ce sont des apnéistes de compétition ! Tous les deux, nous nous sommes un peu éloignés de la famille et du guide. Ce fut une bonne idée car une grosse tortue est apparue à quelques mètres dessous nous ! Whouahou ! Que c’est beau de la voir nager !

CIMGP4471Nous déjeunons sur le bateau puis partons nous baigner sur la playa Manglerito. Le lieu est agréable sauf que Noémie va se retrouver coincée dans des courants qui l’empêchent d’atteindre la plage. A nager, nager, nager sans avancer (et même à s’éloigner !), elle s’épuise vite (mais ne panique pas !). Heureusement, l’un des membres d’équipage du bateau l’a vue à temps et est venu la sauver. Nous avons eu une bien belle frayeur ! Nous leur suggérons de choisir une autre plage pour les prochains groupes…

De retour à San Cristobal, nous retrouvons Chris et Manue qui reviennent d’une sortie plongée. C’est un couple de Marseillais-Grenoblois en fin de tour du monde comme nous. Ils sont arrivés à la pension il y a deux jours et nous avons de suite sympathisé. Il y a aussi maintenant un couple de Chinois installés au Brésil, Lin et Philippe, qui parlent un français parfait.  Ils ont en effet fait une partie de leurs études en France, lui à Polytechnique, elle à l’UTC, une grande école de science. Du coup, l’ambiance à la pension nous fait un peu penser à une collocation ! Avec Chris et Manue donc, nous partons voir des fous à pattes bleues dans un coin repéré par Loïc du bateau.

CIMGP4537En snorkelling, nous avons entr’aperçu les merveilles sous-marines des Galapagos. Rien de tel qu’une sortie plongée pour espérer voir encore plus de poissons ! Loïc va plonger avec des bouteilles vu qu’il a validé son premier niveau en Indonésie et Noémie avec masque et tuba. Nous allons sur un site renommé, le Leon Dormido, un énorme rocher abrupte d’origine volcanique situé à environ deux heures de bateau.

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Photo prise avec la GoPro du bateau

Noémie était très réticente à l’idée d’aller dans l’eau depuis sa mésaventure de la veille, d’autant plus que là nous ne sommes pas au bord d’une plage mais en haute mer, avec beaucoup de courant et des vagues. Finalement, elle s’est jetée à l’eau :

« Devant ma frayeur, l’un des membres d’équipage m’a encouragée et aidée à descendre dans l’eau. Le guide a emmené une bouée et je ne l’ai pas quittée tant le courant et les vagues étaient fortes ! En plus, j’avais toujours de l’eau dans mon masque et je devais le vider toutes les cinq minutes, c’était très pénible… Lors de la première mise à l’eau nous avons pu voir un immense banc de poissons, il y en avait des milliers ! Le long de la roche, d’autres beaux poissons se laissent observer. Après avoir découvert le snorkelling à Bali puis vu les fonds extraordinaires de Nouvelle-Calédonie, je dois dire que jusque là, je ne trouvais pas le lieu transcendant, surtout que les conditions de mer rendaient la nage très difficile (merci la bouée). Ce qui m’a tout de suite plu, c’est de voir le grand bleu, de constater qu’il y a des dizaines de mètres d’eau sous moi… C’est très beau. Et puis j’ai vu une tortue marine, puis deux, puis trois… En tout ce sont cinq tortues qui ont nagé tout près de moi ! Extraordinaire ! Un peu plus loin ce sont des requins que je vois ! Des requins des Galapagos et des requins pointe blanche. C’est extrêmement impressionnant de réaliser qu’il y a des requins dans l’eau quelques mètres sous soi… J’aurai adoré voir des requins marteaux (il y en a beaucoup ici habituellement) mais le courant El Niño est présent en ce moment et modifie les comportements des animaux. Après une pause, nous y retournons mais cette fois-ci il est encore plus difficile de nager car nous devons emprunter un corridor séparant les deux gros blocs de roches qui forment le « Leon Dormido ». Les vagues sont très fortes, il y a beaucoup de courant qui nous fait faire quasiment du sur-place. J’ai continuellement de l’eau dans mon masque et on ne voit rien dans l’eau… Je commence à en avoir un peu marre quand tout à coup, je vois se déployer une superbe raie-aigle sous moi ! Je suis estomaquée par tant de beauté et de grâce et j’en oublie totalement les désagréments que l’eau me fait subir… Elle nage juste sous moi sur plusieurs mètres et je peux pleinement l’admirer. Juste avant de remonter dans le bateau, une sixième tortue vient me saluer ! Et bien ! Je suis comblée ! C’est vraiment un beau lieu pour faire du snorkelling mais pas vraiment adapté aux débutants comme moi quand la mer est agitée ! « 

CP1120655 CP1120660Loïc, de son côté, est parti avec un petit groupe de six plongeurs et un instructeur :

« Je n’avais pas plongé depuis Nouméa en décembre et le site de Leon Dormido est une plongée sur paroi avec de forts courants, surtout dans le passage entre ses deux îlots. C’est donc avec un peu d’appréhension que je commence ma septième plongée.

CP1120653Le programme de la plongée est de longer l’île par la droite et d’emprunter le couloir entre les deux îlots. La visibilité est moyenne en raison du courant qui remue le fond. Le sol est assez sablonneux et lisse, alors que la paroi est couverte d’anfractuosités où se réfugient nombre de poissons. Une petite pieuvre se laisse même débusquer malgré sa robe camouflage. Plusieurs beaux poissons perroquets et des bancs d’une dizaine d’autres poissons remplissent le bleu de l’océan. C’est très beau ! Tout d’un coup, un son de cloche retentit, c’est l’instructeur qui nous appelle en tapant sur sa bouteille avec un caillou. Il pointe une ombre du doigt. Un requin des Galapagos apparaît. Wouaouh, c’est impressionnant ! Puis, un second le rejoint, ils sont à notre niveau et nous regardent avec attention puis disparaissent. Ensuite nous arrivons à l’entrée du couloir et nous délogeons une belle raie pastenague posée sur le sable. La progression devient difficile à cause du courant et de la houle. Il nous pousse vers l’avant de plusieurs mètres avant de nous faire reculer d’autant. Nous nous accrochons au fond de l’eau et palmons pour contrer le recul de la houle. Normalement, c’est là que les requins marteaux fond leur ronde mais pas de chance aujourd’hui… d’autant plus que la visibilité a nettement diminué. Je suis content lorsque nous sortons de cette « machine à laver ». Nous suivons encore un ou deux requins pointes blanches qui nous attendaient à la sortie du couloir puis c’est l’heure de commencer à remonter, ma jauge indique 50 bars. Je reste un peu sur ma faim en terme de gros poissons et la caméra GoPro fournie par le centre de plongée était à peine chargée donc pas beaucoup de photos. Dommage….

DCIM100GOPRO DCIM100GOPROAprès une petite pause et une banane, c’est l’heure de la deuxième plongée. Cette fois-ci nous serons sur le même site que la première sortie snorkelling de Noémie. Le courant est plus modéré, la visibilité est bien meilleure, cela s’annonce mieux. De jolis poissons nous entourent et déjà un requin pointe blanche se présente. Plus loin, nous arrivons devant un mur de poissons ! Il fait 3 à 4 mètres de large et s’étire sur le long de la paroi sur une hauteur de 5 à 6 mètres. C’est magnifique. Ce sont des milliers de petits poissons rayés noir et argent regroupés en banc dense et compact. Lorsque je rentre dedans, ils m’entourent complètement et si bien que je ne vois pas à travers le banc les autres plongeurs et le bleu de l’océan. Seul un espace au dessus de ma tête crée par l’échappement des bulles laisse apercevoir la surface. D’un coup, le banc s’écarte et un lion de mer apparaît en quête d’un bon festin. Qu’est ce qu’il est agile sous l’eau ! Nous sortons du banc et continuons la prospection. Une grosse tortue verte se repose tranquillement au fond de l’eau. Alors que j’admirais une raie aigle tachetée qui disparaissait dans le bleu, la bouteille de l’instructeur n’arrête pas de retentir, des requins des Galapagos apparaissent sur notre droite. J’en compte six ! Puis au même moment, un lion de mer nage en surface au dessus de nous. Le tableau est juste superbe. Tout est réuni autour de nous : requins, lion de mer, raie, poissons, tortue. Je suis au Galapagos ! »

Cette semaine aux Galapagos a été une semaine de rêve… L’endroit est vraiment à la hauteur de sa réputation ! Nous fêtons la fin de ce séjour avec nos « colocataires » au restaurant. Langouste pour tout le monde !

CP1120662Le lendemain matin, avant de partir à l’aéroport, nous sommes invités par notre hôte et sa femme à un petit-déjeuner local, sympa ! Nous goûtons donc aux tortillas à la banane plantain farcies de fromage. Bon et nourrissant !

photoLes Galapagos sont une destination onéreuse mais nous avons réussi à en profiter pleinement sans pour autant nous ruiner. Alors oui, nous avons vu moins d’îles que si nous étions partis en croisière mais celles que nous avons visitées offraient beaucoup à voir. Nous ne nous sommes pas ennuyés un seul instant ! Beaucoup de sites sont en accès libre et gratuit et le logement n’est pas plus onéreux qu’à Quito. En cuisinant, on réduit encore plus les coûts du séjour. Nos deux excursions étaient certes plus onéreuses mais pas plus qu’une sortie plongée ailleurs dans le monde ! Donc les Galapagos pas (trop) cher, c’est possible ! Nous quittons ce petit paradis un peu tristes…

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