Potosi

Du dimanche 11 au mardi 13 mai 2014

L’Europe des XVIIe et XVIIIe siècles est connue pour ses splendeurs architecturales et artistiques. Ce qu’on sait moins, c’est que cette opulence a été possible grâce à Potosi. Cité minière dominée par le Cerro Rico (« montagne riche »), Potosi est en effet à l’origine de l’afflux massif d’argent en Europe à l’époque moderne. Ce précieux métal semblait alors inépuisable… Potosi était la cité la plus grande et la plus riche d’Amérique.

CIMGP1611Lorsque le filon commença à s’épuiser, le déclin et la pauvreté s’abattirent sur la ville. La splendeur d’antan est toujours visible à Potosi : églises, couvents et maisons coloniales ont gardé leur beauté mais l’on voit bien en se baladant dans les rues que Potosi est une ville pauvre.

CIMGP1599CIMGP1602 CIMGP1607 CIMGP1596 CIMGP1586Des tranches de vie s’offrent à nous : cireurs de chaussures, vendeurs de jus de fruit, de petite épicerie… et notamment les gens qui attendent devant les études d’avocat (toutes regroupées dans la même rue), ou devant l’écrivain public qui tape sur sa vieille machine à écrire les courriers officiels.

CIMGP1590 CIMGP1591 CIMGP1600 CIMGP1608CIMGP1670Le marché est un passage obligé et nous y déjeunons pour 1€ (soupe roborative et plat copieux).

CIMGP1665CIMGP1666Salteñas : un type d'empanadas plus juteuses

Salteñas : un type d’empanadas plus juteuses

Fromage frais de vache, 0.10 d'euros !

Fromage frais de vache, 0.10 euros !

Le dessert favori des locaux . gelatine et chantilly !

Le dessert favori des Boliviens : gélatine et chantilly !

A Potosi, nous sommes partis en quête de l’époque coloniale, lorsque les riches familles espagnoles dominaient la ville, tirant leur fortune de l’exploitation des mines par des esclaves. Le couvent Santa Teresa illustre à merveille cela.

CIMGP1614Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les grandes familles envoyaient leur seconde fille au couvent (la première étant mariée) en échange d’une dot très élevée. Le couvent est ainsi un bâtiment aux nombreux ornements religieux d’une grande beauté : tableaux, retables, broderies… Le lieu en lui-même, bâti autour de deux patios est intéressant.

CIMGP1617 CIMGP1626 CIMGP1622 CIMGP1628 CIMGP1639La vie de ces religieuses cloîtrées était particulièrement austère par rapport à d’autres ordres. La vue des silices, ces instruments hérissés de pointes que les religieuses utilisaient pour souffrir nous fait frémir. Aujourd’hui, une petite dizaine de soeurs vivent encore dans une des ailes du couvent. Mais les conditions de vie se sont considérablement assouplies depuis Vaticann II. Nous leur achetons des pâtisseries.

CIMGP1644 CIMGP1636 CIMGP1652La cathédrale, grandiose, achève un lifting financé par… le Japon ! Le Japon, qui a aussi offert des bus tout neufs à la ville est intéressé par les réserves de lithium qu’offre le salar d’Uyuni… La cathédrale offre une décoration intérieure surprenante. Notre guide nous amuse beaucoup. Nous sommes en compagnie d’une famille française, La bande à Samy, du nom de leur mascotte. Laetitia, Yann et leurs enfants Sarah (11 ans), Nathan (9 ans) et Maël (7 ans) voyagent pour six mois en Amérique du Sud. C’est avec beaucoup de sympathie que nous écoutons leur récit de voyage et leurs préparatifs, récit que nous poursuivons autour d’un verre après avoir grimpé au sommet du clocher !

CIMGP1683 CIMGP1693Emblème de la richesse de Potosi, la Casa de la Moneda est le lieu où furent fondus les lingots d’argent et frappées les pièces de monnaie. Là aussi, le bâtiment a une architecture remarquable et nous écoutons avec intérêt la guide qui nous explique l’histoire du lieu, où des esclaves travaillaient dans des conditions terribles. Nous apprenons d’ailleurs que le célèbre symbole du dollar, $, vient de Potosi : initialement, un P et un S superposés, frappé sur les pièces de monnaie.

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Symbole de Potosi.

CIMGP1708 Les mines de Potosi sont encore en activité. Aujourd’hui, ce n’est plus de l’argent que l’on extrait mais du zinc et du plomb. Noémie a décidé de les visiter :

J’ai longtemps hésité avant d’aller voir les mines. Je ne voulais pas que cette visite s’apparente à du voyeurisme. Nous avions accompagné les porteurs de souffre en Indonésie, guidés par l’un d’entre eux, et cette expérience m’avait bouleversée. J’étais donc partagée à l’idée de revivre un moment comme celui-ci. Après avoir discuté avec d’autres voyageurs, je me suis décidée.

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Mon cadeau pour les mineurs : des feuilles de coca

Les conditions de travail n’ont pas beaucoup changé depuis l’époque coloniale et rencontrer les mineurs serait donc à la fois la vision d’une réalité sociale, mais aussi un bond dans le temps. Plus de 18000 hommes s’enfoncent quotidiennement dans les dizaines de kilomètres de boyaux creusés dans la montagne. Ils travaillent à leur compte et sont organisés en coopératives. Officiellement, il n’y a pas d’enfant dans les mines. Mais la réalité est tout autre… Bien sûr, nous n’en verrons pas lors de la visite, le trajet étant bien défini par les guides. Celle-ci débute par un tour au marché afin d’acheter des produits à offrir aux mineurs en échange de photos et pour les remercier de nous montrer leur travail. Je choisis des boissons et des feuilles de coca. La plupart n’emporte rien à manger pour leur journée et la coca leur sert de coupe-faim. D’autres touristes achètent des bâtons de dynamite « pour le fun » mais je m’y refuse. La dynamite cause régulièrement de graves accidents dans les mines et je ne veux pas y être pour quelque chose ! Une fois équipés, nous pouvons entrer dans l’un des tunnels. Nous sommes accompagnés d’une guide très antipathique qui ne répond pas à nos questions et ne nous explique pas grand chose. Sur ce point, je suis très déçue. L’agence mettait en avant des visites guidées par des mineurs ! Au début, nous avançons dans des tunnels maçonnés et bien étayés. Nous allons voir tout d’abord un petit groupe de mineurs qui termine sa journée et charge des wagonnets. Je suis rassurée : ils ne sont pas importunés par notre présence, au contraire. Ils discutent avec nous et nous offrent même de la bière ! Ils sont fiers de leur métier et ne voient pas les touristes comme des voyeurs.

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L’une des entrées de la mine

CP1120527Nous avançons de tunnel en tunnel. Il faut se baisser désormais et nous pataugeons dans l’eau. En cette fin d’après-midi, nous croisons beaucoup d’hommes qui quittent la mine. Mais certains restent très tard, jusqu’à 21/22 heures, surtout ceux qui ne travaillent pas en équipe.

CP1120532CP1120535Pour descendre au niveau inférieur, nous empruntons un boyau très étroit, d’abord à quatre pattes, puis quasi-allongés. Il faut se laisser glisser avant d’emprunter une échelle peu solide. Surtout, ne pas réfléchir ! Si je réalise où je suis, je vais paniquer ! Le passage est difficile, d’autant plus que nous sommes à plus de 3500 m d’altitude et que l’air soufflé par les gros ventilateurs est chargé de poussières. Finalement, nous atterrissons au niveau inférieur. Ici, les parois ne sont pas étayées par des poutres et le plafond est très bas. Nous rencontrons d’autres mineurs, qui travaillent seuls cette fois-ci.

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Mineur au fond de son trou. Il a 35 ans et travaille depuis plus de 10 ans dans la mine. Il a l’air d’un petit vieux (il a refusé les photos).

Ils portent leur cargaison sur le dos ou à la brouette. Ils sont éreintés. Cela n’empêche pas des filles du groupe d’aveugler l’un d’eux avec leur flash sans lui demander l’autorisation. Leur comportement me gène et je m’excuse pour elles auprès du mineur. Tous ceux que nous croisons, même les plus épuisés, acceptent de nous parler de leur travail, de leur vie. Après environ deux heures sous terre, l’envie de voir le jour, de se tenir droite et de respirer un air pur se fait de plus en plus ressentir. Cette atmosphère est très oppressante. Nous terminons le tour par une visite à Tio, le démon protecteur de la mine. Les mineurs lui offrent diverses offrandes comme des cigarettes, des feuilles de coca ou de l’alcool de cane à 96° (qu’ils boivent en travaillant !). Sa virilité est associée à la fécondité de la Terre nourricière, la Pachamama, riche en métaux.

CP1120546Enfin dehors, je ressors songeuse de cette visite. Je suis « contente » d’avoir découvert le travail de ces hommes mais ce fut dur. Cela m’a sensibilisée à la pauvreté en Bolivie. Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec les porteurs de souffre du Kawah Ijen. Je pense aussi aux mineurs en Europe au XIXe siècle, d’autant plus que je viens de lire Germinal. J’ai trouvé beaucoup de similitudes entre le roman et ce que j’ai vu.

De son côté, Loïc, accompagné de deux couples de Français rencontrés à l’hôtel, est allé se baigner dans un lac d’eau chaude : l’ojo del inca. Ce plan d’eau à plus de 3500m d’altitude est un ancien cratère parfaitement rond et profond de 18m. Se délasser dans ce bain entouré de beaux paysages est vraiment reposant.

CIMGP1714Seul couac, le taxi que nous avons pris pour venir n’a pas demandé son reste et ne nous a pas attendu comme il était convenu initialement. Heureusement qu’on ne lui avait donné que la moitié du prix de la course. Nous sommes quittes à attendre le prochain micro (mini-bus) sur le bord de la route!

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