Le circuit du Lipez – Jours 1 & 2

Lundi 5 et mardi 6 mai 2014

 

Moment fort de notre séjour en Bolivie, cette semaine va nous emmener en 4×4 à travers le Sud du pays, dans la région du Lipez, renommée pour la grande variété de ses paysages.

 

Avec Fanny et Fabien, nous avons rendez-vous à 6 heures du matin à l’agence Alexandro. Notre chauffeur Hernan arrive peu de temps après. C’est une vraie pile électrique. Il charge son 4×4 en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire : sacs à dos sur le toit, avec les réserves d’essence, et nourriture pour la semaine dans le coffre. Notre cuisinière, Fortunata, rapidement surnommée Forti, arrive dans la foulée, un peu contrariée par la casse de son thermos à nos pieds ! Elle nous semble un peu ronchonne mais cette première impression va se dissiper dans les heures qui suivent : Forti est une vraie perle et elle va vite endosser le rôle de maman pour tous les quatre…

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Hernan en plein chargement, nos sacs seront bien protégés dans la bâche.

CIMGP0719A peine quitté Tupiza et nous voici sur la piste. Nous ne la quitterons pas pendant six jours. Nous roulons une petite heure et nous arrêtons prendre le petit-déjeuner dans la vallée d’El Sillar, aux nombreuses formations rocheuses rouges. Hernan nous explique le programme. Cette journée sera la plus longue de la semaine. Nous allons rouler plus de sept heures pour rejoindre le village de Quetena Chico, situé à plus de 4000 mètres d’altitude.

CIMGP0724CIMGP0723Nous grimpons à travers la montagne, dans des paysages désolés, où la rare végétation est faite de broussailles et de bas arbustes épineux. Nous nous imaginons que cette région est inhabitée. Elle est tellement inhospitalière ! Et pourtant, des troupeaux de lamas par-ci par-là nous rappellent la présence de l’homme, qui a su s’adapter à son milieu. Quelques tout petits villages confirment cette information, à l’image de Nazarenito que nous traversons ou de Cerillo, où nous nous arrêtons pour déjeuner. Hernan nous apprend que ces hommes vivent de l’élevage de lamas et de l’exploitation minière. Les enfants sont en pension à Tupiza. La vie doit être bien rude par ici…

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Vigognes

La faune locale est donc constituée de lamas, un camelidé cousin du guanaco et de la vigogne. Contrairement à ces deux espèces, le lama est domestiqué. On l’élève pour sa viande. Sa laine n’est pas commercialisée. C’est l’alpaga qui est roi dans ce domaine, mais il n’y en a pas dans cette partie de la Bolivie. Nous observons aussi des vigognes et des suris, des petites autruches.

CIMGP0769Hernan nous arrête près d’un troupeau de lamas, pour que nous fassions connaissance avec cet animal emblème des Andes. Là, on peut dire que l’on tombe au bon moment : une femelle vient de mettre bas ! Nous assistons, émus, aux premiers moments de vie de ce petit, tellement craquant dans ses difficiles tentatives pour se mettre debout !

CIMGP0739 CIMGP0741 CIMGP0740Nous déjeunons dans un tout petit village bâti en adobe, Cerillo. Comme rien ne pousse par ici, les habitants ont construit des serres (le soleil cogne dur à cette altitude), ce qui leur permet d’avoir des légumes.

CIMGP0759 CIMGP0757L’électricité est fournie par des panneaux solaires. Forti nous révèle ses grands talents de cuisinière et nous nous régalons d’un copieux repas en compagnie d’Hernan. Notre chauffeur est très sympathique. Jovial, il ne se contente pas de déblatérer les infos touristiques qu’il a à nous communiquer et discute avec nous. Nous sommes bien contents d’être tombés sur lui et sur Forti ! Malin, il nous a fait partir une demi-heure plus tôt que les autres groupes. Nous sommes donc seuls depuis ce matin et c’est seulement lorsque nous redémarrons que cinq autres 4×4 s’arrêtent à leur tour pour déjeuner !

CIMGP0764Nous continuons à rouler vers le Sud, au rythme de la musique latino d’Hernan. Il mâchouille de la feuille coca et fait circuler le petit sac parmi nous pour que nous testions les vertus de cette plante. Seuls Loïc et Fabien goûtent ! La feuille de coca se chique. Il faut former une boulle d’une dizaine de feuilles avec du bicarbonate de soude et de la stévia et la garder dans sa joue pendant plusieurs heures pour que la plante libère ses composés chimiques. Cela aurait des effets sur le mal d’altitude mais aussi contre la faim.

CIMGP0782CIMGP0786En milieu d’après-midi, nous nous arrêtons dans le village fantôme de San Antonio. Encore une fois, la Bolivie offre un décor digne des westerns ! Ce village a été bâti par les conquistadors espagnols en vue d’exploiter l’argent de la montagne. Il a rapidement été peuplé par des centaines de familles. Mais les précautions élémentaires pour fondre l’argent n’ont pas été prises : les gens faisaient fondre le précieux métal chez eux, sans aucune aération. Très vite, tout le monde est tombé malade et le village a été décimé. Les rares survivants ont pensé que c’était l’oeuvre du diable. Aujourd’hui, l’endroit est garni de chinchillas ! C’est la première fois que nous en voyons !

CIMGP0788 CIMGP0789 CIMGP0795Nous passons un col à plus de 5000 mètres et nous retrouvons face au lac Morejon, à 4850 mètres d’altitude. Nous bravons le vent pour l’observer. Il est entouré de volcans, dont l’Uturuncu, que nous allons gravir demain…

CIMGP0798 CIMGP0807 CIMGP0813Arrivés à Quetena Chio (4200m), nous prenons possession de notre dortoir. La modeste pension où nous logeons n’a pas le chauffage. Notre lit est recouvert de trois lourdes couvertures en alpaga et nous devrons en plus dormir dans nos sacs de couchages pour ne pas avoir froid. Au réveil, il fait 12 degrés dans la chambre, il a donc du faire bien plus froid dans la nuit ! Malgré tout, nous avons bien dormi, rassasiés par le repas gargantuesque de Fortunata.

 

Heureusement que nous sommes en forme car une dure journée nous attend. Objectif du jour : dépasser les 6000 mètres d’altitude, un beau challenge que nous nous sommes fixés. L’ascension de l’Uturuncu est relativement aisée au regard de l’altitude car un chemin conduit le 4×4 à 5400 mètres.

CIMGP0894Pour autant, c’est loin d’être de la rigolade et nous appréhendons quelque peu l’effort à fournir. Pour nous aider, Forti nous donne une gourde de maté (infusion) de feuilles de coca et d’autres plantes locales. Nous sommes accompagnés par Mariaco, notre guide. Il grimpe le volcan plusieurs fois par semaine depuis plus de trente ans ! A notre descente du 4×4, nous ressentons aussitôt le manque d’oxygène. Malgré de grandes inspirations, nous n’arrivons pas à satisfaire les besoins de notre organisme. Rien que de faire quatre mètres nous épuise. Et pourtant, cela fait plus de deux semaines que nous dormons à 3000 mètres minimum ! Notre corps a eu le temps de fabriquer tout plein de globules rouges mais cela ne suffit pas. La journée de marche s’annonce difficile. Par chance, les premiers cent mètres sont en pente douce.

CIMGP0819Nous marchons à la queue-leu-leu, sans parler, pour aider notre organisme et nous concentrer sur l’effort. Nous contournons le cône du volcan et une pente sableuse s’offre à nous. Les couleurs du sol sont si belles ! Mais la pente est si raide ! Par où allons-nous passer, il n’y a aucun sentier ? Mariaco répond à notre question silencieuse en s’avançant, quasiment en ligne droite ! Heu ?! Ne pourrait-on pas faire des zig-zags ? Parce que c’est bien raide quand même !! Ouf, notre voeu est exaucé et c’est parti pour plusieurs heures de virages en lacet, à l’assaut de l’Uturuncu. CIMGP0822Il faut regarder attentivement où l’on pose chaque pas, car le sol est meuble et l’on pourrait facilement glisser. Mais c’est plus fort que nous, on ne peut s’empêcher de tourner la tête pour regarder le panorama qui s’offre à nous !

CIMGP0828 CIMGP0826 A une demi-heure du sommet, nous arrivons enfin au terme de cette pente de cendre et de sable volcanique. Une petite pause sucrée pour reprendre des forces et nous gravissons les derniers mètres.

CIMGP0830 CIMGP0832C’est dur, mais la concentration et la fierté nous aident à venir à bout de notre ascension. La récompense est tout près ! Nous sommes montés à 6024 mètres. L’émotion et la joie nous étreignent alors que nous immortalisons ce moment, en photo bien sûr, mais aussi sur le cahier caché tout en haut du volcan ! A 360 degrés autour de nous s’étendent des volcans, des dizaines d’autres volcans. Le paysage nous coupe le souffle, au sens propre (mais où est donc passé l’oxygène ?!!) comme au sens figuré (que c’est beau…) !

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« Noémie et Loic, con el guía Mariaco. Muchas gracias Pachamama por este lugar ¡ Que lindo ! 6024 m »

CIMGP0849 CIMGP0859 CIMGP0850 CIMGP0858Il faut penser à redescendre. Nous prenons un autre chemin, où nous devons déraper dans la cendre et le sable volcanique. Exactement comme au Fuji, exactement comme au Tongariro… Grrrrr, Noémie déteste ça ! Même si, il faut le notifier, elle se débrouille de mieux en mieux… Mais ce n’est pas encore ça et elle arrive, penaude, plusieurs minutes après notre petit groupe.

CIMGP0883La descente n’est pas finie pour autant mais nous sommes désormais sur un sentier. Mariaco nous laisse avec son fils, guide lui-aussi, qui entreprenait l’ascension par cette face avec un second groupe. Comme il a mal à la cheville, il ne montera pas au sommet et Mariaco regrimpe pour la deuxième fois de la journée tout en haut de l’Uturuncu ! Quel homme à plus de 60 ans! La fin de la descente s’effectue parmi les fumerolles de souffre et nous retrouvons Hernan qui nous attendait en bricolant son 4×4.

CIMGP0885 CIMGP0890 CIMGP0892Nous sommes épuisés, à bout de forces. En redescendant, personne ne parle. Mais la joie est bien présente. Avant de rentrer, nous faisons tout de même un petit détour vers des formations rocheuses, des « arbres de pierre ». C’est très joli mais nous ne voulons pas nous éterniser : nous voulons nous reposer !

CIMGP0898A près de 15 heures, nous déjeunons enfin. Les pâtes de Forti sont bienvenues ! Les filles restent ensuite se reposer tandis que les garçons accompagnent Hernan et Fortunata à la pêche ! Mais ils sont plutôt stupéfaits de voir la technique employée : ils doivent jeter des cailloux dans l’eau pour effrayer les poissons, tandis qu’Hernan tend un filet un peu plus loin. Sans surprise, ils reviennent bredouilles !

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3 réflexions au sujet de « Le circuit du Lipez – Jours 1 & 2 »

  1. Vous nous vendez vraiment du rêve!!!
    Mille mercis de partager aussi longuement vos impressions et découvertes, je voyage virtuellement grâce à vous.

  2. Supers photos, le petit lama est vraiment adorable. Bravo pour votre exploit.
    A bientôt.
    Laetitia pour la Bande à Samy.

  3. Trop beau !
    Et la femelle lama qui vient de mettre bas ! quel coup de chance !
    Comment c’est magnifique !!! et encore un bel exploit de votre part ! bravo !
    (Noémie pareil que toi la glissade de rando dans les cailloux glissants c’est pas mon truc, je flippe grave …)

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