Volcans de Java : le Kawah Ijen

Mercredi 20 novembre 2013

CIMGP3201A l’instar du Bromo, le Kawah Ijen est difficilement accessible par ses propres moyens. Nous devons nous y rendre dans le cadre d’une excursion. Impossible donc de choisir son hôtel et nous sommes un peu déçus par celui où nous devrons loger en ce mardi soir. On se console avec l’idée que c’est l’un des rares hôtels du coin ! Nous sommes peu nombreux à monter au Kawa Ijen le lendemain. La plupart des touristes croisés au Bromo partent ensuite à Bali. Nous dînons à la table d’un couple de Suisses, Christelle et Mathias. Ils ont le même âge que nous et sont aussi en tour du monde. En toute logique, nous évoquons nos expériences de voyage respectives, parlons de nos sites internet… Très vite, la conversation s’oriente sur les points communs que nous partageons, surtout la photo pour Loïc et Mathias ! Le courant passe vraiment bien entre nous quatre et cette impression se confirme le lendemain matin lors de la montée au volcan. N’hésitez pas à aller jeter à œil à leurs magnifiques photos de leur tour du monde : lien flickr

La montée jusqu’au cratère du Kawah Ijen (2148 m) n’est pas très longue en distance mais la pente est plutôt difficile à gravir pour Noémie ! Cela fait tout de même le troisième jour de suite où nous nous levons à 3h30… Les flancs du Kawah Ijen ne sont pas désolés, au contraire. Une végétation dense y pousse et nous encadre. Les traces d’un incendie né d’un mégot de cigarette témoignent cependant de la stupidité humaine.

CIMGP3197Le cratère du Kawah Ijen, nous tenons encore plus à le voir que celui du Bromo. Au delà du paysage, c’est l’activité humaine présente dans ce volcan qui nous intéresse. S’y trouve en effet une mine de souffre et nous souhaitons aller à la rencontre de ces hommes qui, tous les jours, descendent au fond du cratère pour récolter ces blocs de cristaux jaunes dans des conditions apocalyptiques.

Nous montons accompagnés de plusieurs d’entre eux. Leur panier est encore vide, ils rient, chahutent, tentent de communiquer avec nous par quelques bribes d’anglais. Un peu avant le sommet, nous croisons notre premier porteur de souffre chargé. Nous sommes stoppés nets dans notre montée : cet homme a plus de 80 kilos sur les épaules. L’effort se lit sur son visage. Le sentier descend en pente raide et est très glissant. Il est en tongs. On ne sait pas encore à quel point le chemin pour remonter du cratère est long est douloureux mais nous sommes d’ores et déjà stupéfaits par le travail de ces forçats.

CIMG_2069 CIMGP3192Peu avant le cratère se trouve une petite échoppe vendant quelques boissons et un peu de nourriture. C’est là que les porteurs de souffre pèsent leur chargement : entre 60 et 90 kilos. Ils effectuent deux chargements par jour, pour un salaire mensuel avoisinant les 150€ environ (ce qui est bien inférieur à la moyenne indonésienne).

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Le verdict de la balance….70kg!

Plus nous montons au cratère et plus l’odeur suffocante du souffre nous incommode. Ce n’est rien à côté de ce que nous allons ressentir quelques minutes plus tard… Nous arrivons au sommet dans un nuage qui nous bouche la vue. Tout à coup, le vent tourne et le cratère se dévoile à nos yeux ébahis : sommes-nous encore sur Terre ?

CIMGP3204 CIMGP3218La descente vers le lac semble longue et difficile mais nous ne résistons pas à l’idée d’aller voir la mine de souffre. L’un des porteurs nous accompagne. Nous devons nous arrêter à plusieurs reprises pour laisser passer plusieurs de ses collègues qui remontent, chargés comme des mules. Certains sont torse-nu et nous voyons à quel point leur dos est déformé et leur peau couverte de corne. La sortie du cratère semble une épreuve physique insurmontable. Le sentier est étroit et escarpé, le chargement lourd et instable. Le vent pousse la fumée sulfureuse vers nous, occultant toute la vue et nous forçant à nous arrêter. La respiration devient de plus en plus difficile.

CIMGP3210 CIMGP3270 CIMGP3212 Nous restons une bonne dizaine de minutes dans le fond du cratère. Nous pensions que le souffre était extrait par des mineurs puis remonté par les porteurs. En fait, chaque ramasseur casse son chargement et le remonte. Une petite cabane leur permet de se reposer ou de s’abriter lorsque la fumée est trop suffocante. Celle-ci a été canalisée dans de gros tuyaux pour que la vapeur se liquéfie et concentre encore plus le souffre.

CIMGP3255 CIMGP3220 CIMGP3239 CIMGP3249 CIMGP3223La sortie du cratère sera encore plus difficile que la descente, non pas à cause de l’effort physique, mais à cause des difficultés respiratoires qui se font sentir. La fumée est encore plus intense que précédemment. La plupart des porteurs ont été obligés de s’arrêter et toussent à n’en plus finir. Nos yeux pleurent, notre nez semble bouché. Lorsqu’on veut prendre une grande inspiration, l’air est saturé de souffre et nous n’arrivons pas à l’aspirer tant il pique. Nous sommes comme asphyxiés. Cette sensation est l’une des plus terribles et les plus horribles que nous ayons jamais ressenti. Soudain, le vent tourne et l’air redevient respirable et le chemin visible, quel soulagement ! Mais cela ne dure que quelques minutes… La fumée revient sans cesse. Nous ne subirons cette épreuve qu’une seule fois dans notre vie. Nos compagnons de montée descendent deux fois par jour dans le cratère… Un aller-retour prend six heures avec leur chargement.

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Il est difficile de retranscrire par écrit les sensations et émotions qui nous ont traversé lorsque nous étions dans le cratère du Kawah Ijen. La difficulté à respirer, la toux continue, associés à la vue de ces hommes nous a fait un choc. Nous avons été bouleversés par ce que nous avons vécu. On ne peut s’empêcher de culpabiliser alors que nous arrivons à notre hôtel avec piscine à Bali, quelques heures plus tard…

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5 réflexions au sujet de « Volcans de Java : le Kawah Ijen »

  1. Ces hommes ont vraiment du courage ! Les voir à la télé c’est déjà impressionant alors j’imagine même pas en vrai …

  2. Très beau récit de cette expérience mémorable! Tout ce que vous décrivez est parfaitement ce que nous avons vécu au détail près que nous n’avons pas pu descendre tout en bas tellement les fumées étaient fortes… On se réjouit de lire la suite! Et quand même, l’hôtel à Bali c’était bien après le Kawah Ijen non? Lol
    Bon vent à vous deux!
    Christelle et Mathias (à Melbourne maintenant…)

  3. Quel dommage ce feu pour une bêtise humaine …
    80kgs de souffre !!! et bien faut être costaud !!! et tout ça pour une misère en plus 😦
    Wahou ! impressionnant ce cratère ! quelle beauté !
    Et bien ça fait de la peine de lire ce que vivent ces gens pour « récolter » ce souffre …

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