Koyasan

Lundi 19 et mardi 20 août 2013

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Nous quittons Kyoto pour nous rendre au Mont Koya (Koyasan en japonais), une étape importante de notre séjour car nous allons loger dans un monastère. Le Mont Koya est une montagne sacrée. Une cinquantaine de monastères de la secte bouddhique Shingon s’y sont installés à partir du IXe siècle autour de 117 temples. Koyasan est devenu un haut lieu du bouddhisme par l’action du moine Kukai qui, après avoir été initié en Chine, choisit le mont pour y installer son activité ésotérique. La légende raconte qu’il lança un Sankosho (objet de culte) dans le ciel depuis la Chine et qu’il le retrouva accroché dans un pin au sommet du Mont Koya. Les monastères bouddhiques du Mont Koya ont instauré une longue tradition d’hospitalité et il est ainsi possible d’y loger et d’assister à leurs prières.

Le Mont Koya n’est pas accessible aisément. De Kyoto, nous devons prendre un premier train pour Osaka, où nous laisserons nos gros sacs en consigne, n’emportant avec nous que le nécessaire pour la nuit. Puis, à Shinimamiya, un troisième train – le plus long, 1h20 – nous conduira à Gokurakubashi. Dernière étape : 5 minutes de funiculaire et nous arriverons au sommet du Mont Koya après plus de 3 heures de train où il aura fallu être aux aguets pour trouver la bonne voie et ne pas louper l’arrêt ! Chaque étape nous éloigne un peu plus de la ville et les quartiers d’immeubles résidentiels de la banlieue d’Osaka ont succédé aux gratte-ciel. Puis, ce sont les petites maisons entourées de rizières qui défilent dans un paysage de plus en plus vallonné. Enfin, les dernières minutes de trajet se font dans une forêt de cyprès et de bambous. Nous quittons progressivement la frénésie urbaine pour monter vers la spiritualité religieuse…

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CIMGP4689Nous débutons notre quête par le cimetière d’Okunoin, situé dans une grande forêt de cèdres plusieurs fois centenaires. L’endroit appelle de suite à la sérénité. Le cimetière s’étend le long d’une allée principale de plus de deux kilomètres de laquelle partent de nombreux sentiers encadrés de tombes très anciennes. Plus de 200 000 tombeaux s’y trouvent, uniquement d’hommes, certains appartenant à des seigneurs inscrits dans l’histoire du Japon, à des samouraï ou même à des empereurs. Chaque tombe est surmontée d’un Gorinto, c’est à dire de stèles en pierre représentant les cinq éléments qui composent l’univers selon la pensée bouddhiste : le carré (la terre), la boule (l’eau), le triangle (le feu), la demi-lune (le vent) et la feuille de lotus ou la larme (le ciel).

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CIMGP4715 CIMGP4731_2_3_4_5 CIMGP4721Tout au bout de l’allée, un pont marque une délimitation avec le champ spirituel de Kukai, le moine fondateur. De l’autre côté, son mausolée a en effet été bâti. Plus de dix mille lanternes offertes par les pèlerins y brillent pour l’éternité. Il est interdit de photographier ce lieu. Près du pont, se trouve une ligne de grands jizos. Dans le bouddhisme, ces divinités sont sur la voie de l’illumination (le fameux Nirvana du Bouddha). Elles ont cependant choisi de ne pas l’atteindre avant que tous les maux de la Terre n’aient été éradiqués. Les pèlerins aspergent leurs statues d’eau pour consoler les âmes de leurs proches défunts.

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CIMGP4744 CIMGP4741Vers le milieu de l’après-midi, nous partons nous installer au monastère Ekoin. Le bâtiment, intégralement construit en bois, est très grand. A l’entrée, nous sommes accueillis par un jeune moine au crâne rasé qui nous conduit (déchaussés) à notre chambre tout en nous expliquant les règles de vie. Les douches sont communes (les hommes et les femmes sont bien sûr séparés) et ne sont ouvertes que de 16 heures à 22 heures. Le dîner sera servi à 17h30. Le lendemain matin, la première cérémonie aura lieu à 6h30 et la seconde à 7h00. Elle sera suivie du petit déjeuner. Notre chambre est située au bout d’un long couloir. Surprise : les murs ne vont pas jusqu’au plafond, il faudra donc chuchoter pour communiquer. Le sol est composé de tatamis et des kimonos sont à notre disposition (ça nous rappelle nos années de judo – 12 tout de même pour Noémie !).

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Comme nous avons une bonne heure devant nous, on part en balade du côté des plus grands temples du Mont Koya et de la pagode haute de 49 mètres.

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De retour à notre chambre, on enfile nos kimonos et on attache la ceinture avec un parfait nœud plat de judoka (on retrouve vite ses habitudes).

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Deux moines nous apportent le dîner sur des petits plateaux composés d’une bonne dizaine de coupelles et autres bols. La cuisine bouddhiste est végétarienne mais on est bien incapables de vous dire ce qu’on a mangé ce soir-là (à l’exception du bol de riz et des tempuras) ! Toujours est-il que c’était très intéressant de découvrir ces mets nouveaux. Les textures craquantes, molles, spongieuses et fondantes se succèdent. On ne dira pas qu’on s’est régalé mais c’était bon, surtout le tofu au sésame et sa sauce sucrée pour dessert.

CIMGP4788 CIMGP4796 CIMGP4793 CIMGP4794Après dîner (à 19h donc…), direction la douche. On découvre chacun de notre côté qu’à défaut de douches classiques, les salles de bain sont en fait des onsens, c’est-à-dire des bains chauffés à la géothermie ! Chouette ! Par chance, Noémie est toute seule dans le sien ! Tout autour du bassin, il y a des douches avec des petits tabourets pour s’asseoir. Comme en Islande (et dans de nombreux pays d’ailleurs), il faut bien se savonner avant de se baigner, que ce soit dans une source chaude ou à la piscine.

C’est drôle mais au retour du bain, on a l’impression qu’il est 22 heures passées alors qu’il n’est même pas 20h30 ! Nous profitons donc d’une bonne nuit de sommeil dans nos futons installés au préalable par les moines sur les tatamis de notre chambre. Finalement, c’est une bonne chose de se coucher si tôt car lorsque le réveil sonne à 6 heures, on est moins fatigués que ce qu’on aurait imaginé…

Nous allons enfin découvrir les cérémonies religieuses bouddhiques. Nous avons vu des dizaines de temples depuis le début de notre séjour (tous n’étaient pas bouddhiques) mais jamais une seule cérémonie religieuse. Nous sommes très curieux et honorés de pouvoir assister à deux d’entre elles. Nous nous dirigeons vers le temple du monastère. En silence, avec les autres « pèlerins », nous prenons place sur les tatamis tandis qu’un jeune moine allume des bougies et de l’encens tout autour de l’autel. Nous sommes une petite trentaine de personnes, autant de Japonais pratiquants que d’Occidentaux. Quelques minutes plus tard, deux autres moines entrent, un jeune et un plus âgé, ce dernier vêtu en orange tandis que les jeunes sont en violet. Le moine plus âgé s’installe face à l’autel où trône une statue de Bouddha. Les jeunes moines sont sur les côtés : l’un avec un gong, l’autre avec des cymbales. La cérémonie commence. Il scandent inlassablement leur mélopée, parfois en canon. Le vieux moine pratique divers rituels avec de l’encens. Les moines semblent plonger dans une transe mystique. Parfois, le gong et les cymbales se font entendre. En fin de cérémonie, chaque participant (nous donc) doit aller s’agenouiller face à Bouddha et verser un peu d’encens sur un plateau.

CIMGP4801 Après cette première cérémonie, un des moines nous conduit dans un second temple, plus petit que le premier. Il est très sombre. Au centre se trouve un foyer. Nous allons assister à la cérémonie du feu, appelée Goma. Un moine s’installe face au foyer et commence à chanter, tout en faisant différents rituels avec de l’encens et des coupelles. Un second moine tape sur un tambour et chante avec lui. Le moine principal prépare le feu progressivement pour ensuite faire brûler des planchettes sur lesquelles les croyants venus au monastère ont écrit des vœux.

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 Vers 8h00, nous regagnons notre chambre pour un petit déjeuner typiquement japonais : riz, soupe miso, légumes cuits, sauce soja… On a un peu de mal à avaler tout cela (Noémie s’en tiendra d’ailleurs au riz).

Nous quittons le Mont Koya vers 9 heures, en direction de l’île de Kyushu, tout au Sud du Japon. Un long trajet en train nous attend.

Ce moment passé au monastère restera l’un des souvenirs marquants de notre séjour. Nous avons touché du doigt les pratiques religieuses ancestrales de ce courant du bouddhisme. Nous nous sommes instruits et nous nous sentons apaisés par la spiritualité des lieux et des cérémonies auxquelles nous avons assisté.

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5 réflexions au sujet de « Koyasan »

  1. Wahou ça devait vraiment être intéressant comme séjour ! Vous avez du avoir la sensation d’être coupé du monde !

  2. Hey les Lorcet, on est rentré de Tanzanie aujourd’hui.
    On a réussi notre ascension aussi de notre côté. Le Kili n’a plus de secret pour nous.
    On a suivi comme on a pu votre blog, mais on est vraiment en retard, j’ai regardé que les photos pour l’instant mais laisse tomber le kimono mon lolo, t’es pas assez carré.
    En tous les cas, continuez à vous faire plaisir et à nous faire rêver.
    Bisous à tous les deux.
    Rémi & Aurélie

  3. On se connait pas mais vos récits me permettent un peu de voyager avec vous. Je vous suis avec beaucoup d’assiduité car votre voyage est exceptionnel et j’aime à apprendre des choses sur un pays qui m’est totalement inconnu.
    Bravo vraiment, un seul mot à vous dire: « Profitez »!

    Au plaisir de vous lire!

  4. Quelle belle expérience !!!! et comme chaque billet, on se croit avec vous !!!
    Merci de nous faire partager tout ça (oui je sais je me répète !).

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